Le premier congrès du Pastef, organisé ce samedi à Dakar, aurait dû être un moment de célébration pour le parti arrivé au pouvoir après des années d’opposition et de combats politiques. Mais ce rendez-vous fondateur intervient dans un contexte de tensions inédites autour d’Ousmane Sonko et des premiers signes de fracture au sommet de l’État.
Sauf surprise, l’ex-Premier ministre doit être élu président du parti sans opposition. Mais derrière cette formalité politique, le véritable enjeu est ailleurs : reprendre le contrôle d’un appareil partisan fragilisé par les divergences nées de la recomposition gouvernementale.
Pour la première fois depuis son accession au pouvoir, Pastef est confronté à une crise de loyauté interne. Cinq responsables du parti ont choisi de rester dans le nouveau gouvernement formé par le président Bassirou Diomaye Faye malgré les consignes contraires d’Ousmane Sonko. Une défiance qui révèle les tensions entre logique partisane et exercice du pouvoir.
Pendant des années, Pastef s’est construit autour d’une forte discipline militante, portée par le leadership charismatique de Sonko et un discours de rupture avec les pratiques politiques traditionnelles. Mais gouverner transforme les équilibres. Le parti découvre désormais les réalités classiques du pouvoir : ambitions personnelles, arbitrages institutionnels et luttes d’influence.
Le congrès de Dakar prend donc une dimension hautement symbolique. En se faisant élire à la tête du parti, Ousmane Sonko cherche moins une légitimation qu’une démonstration d’autorité. Il s’agit pour lui de rappeler qu’il demeure le centre de gravité politique du Pastef, malgré son départ du gouvernement et les signes d’émancipation observés chez certains cadres.
Mais cette séquence révèle aussi une ambiguïté durable dans l’exécutif sénégalais : qui détient réellement le pouvoir politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien mentor Ousmane Sonko ?
Depuis plusieurs semaines, les relations entre les deux hommes se tendent publiquement. Les déclarations récentes de Sonko évoquant une forme de “cohabitation” ont confirmé l’existence d’un malaise au sommet de l’État. Le congrès du Pastef apparaît ainsi comme une tentative de reprise en main à un moment où l’alliance historique entre les deux hommes semble entrer dans une zone d’incertitude.
Au-delà du cas sénégalais, cette évolution rappelle une réalité politique plus large : les partis construits autour d’une figure unique rencontrent souvent leurs premières difficultés une fois arrivés au pouvoir. L’unité forgée dans l’opposition résiste rarement intacte à l’exercice de l’État.
Pour Pastef, le défi est désormais clair : passer du mouvement de contestation à celui d’une force politique capable de gérer durablement le pouvoir sans éclatement interne.







