Plus de 50 millions d’Éthiopiens sont appelés aux urnes ce lundi pour des élections législatives décisives dans un pays encore marqué par les séquelles des conflits armés, les tensions communautaires et une opposition fragmentée. Un scrutin à fort enjeu politique, même si peu d’observateurs s’attendent à un bouleversement du paysage institutionnel.
En Éthiopie, le Premier ministre n’est pas élu au suffrage universel direct. Les députés choisis à l’issue de ce vote auront la responsabilité de désigner le futur chef du gouvernement. Une majorité parlementaire du Parti de la Prospérité, formation dirigée par le Premier ministre sortant, Abiy Ahmed, ouvrirait ainsi la voie à un nouveau mandat pour celui qui dirige le pays depuis 2018.
Arrivé au pouvoir dans un climat d’espoir après plusieurs années de contestation politique, Abiy Ahmed avait initialement incarné une promesse de réformes et d’ouverture. Son rapprochement avec l’Érythrée lui avait valu une reconnaissance internationale, avant que son mandat ne soit progressivement rattrapé par des crises sécuritaires et des critiques sur le rétrécissement de l’espace politique.
Une opposition divisée face à un pouvoir largement favori
Le scrutin se déroule dans un contexte où l’opposition peine à apparaître comme une alternative crédible face au pouvoir. Minée par des rivalités internes, des fractures politiques et des tensions identitaires, elle aborde ces élections en ordre dispersé.
Lors des précédentes législatives organisées en 2021, le parti au pouvoir avait largement dominé le Parlement, remportant l’écrasante majorité des sièges. Cette avance politique nourrit aujourd’hui les pronostics en faveur d’une reconduction du camp d’Abiy Ahmed.
Pour plusieurs analystes, ce scrutin pourrait compter parmi les moins compétitifs depuis l’introduction du multipartisme en Éthiopie au début des années 1990.
Le poids des conflits dans un pays encore fragilisé
Au-delà des enjeux électoraux, ces législatives se tiennent dans un pays toujours traversé par de fortes tensions.
Dans le nord, la région du Tigré peine à se relever de la guerre qui a opposé, entre 2020 et 2022, les forces fédérales aux rebelles tigréens. Le conflit a laissé un lourd bilan humain et humanitaire, tandis qu’aucune élection n’est organisée dans certaines zones de cette partie du pays.
D’autres régions, notamment l’Oromia et l’Amhara, restent également confrontées à des épisodes de violences armées, alimentant un climat sécuritaire fragile au moment du vote.
Un scrutin observé, sans mission européenne
Le déroulement du scrutin est suivi par des observateurs de l’Union africaine et de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), basée dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba.
L’Union européenne, en revanche, n’a pas déployé de mission d’observation électorale, les autorités éthiopiennes n’ayant pas donné suite à une proposition en ce sens.
Les résultats du scrutin sont attendus dans une dizaine de jours, à l’issue d’un vote dont l’enjeu dépasse la seule compétition politique : celui de mesurer, aussi, l’état d’un pays toujours en quête de stabilité après plusieurs années de turbulences.







