Il aura traversé un siècle, connu les grandes mutations du Sénégal indépendant, les batailles politiques les plus rudes et l’exercice du pouvoir au sommet de l’État. Ce 29 mai, Abdoulaye Wade fête ses 100 ans, un anniversaire symbolique pour une personnalité dont le parcours continue de marquer la mémoire politique sénégalaise.
Pour plusieurs générations, il reste « Gorgui », figure familière autant que clivante, opposant historique devenu président après un long combat politique. Pour d’autres, il demeure le visage du « Sopi », ce mot d’ordre du changement qui avait porté l’espoir d’une alternance au tournant des années 2000.
Né le 29 mai 1926 à Kébémer, Me Wade se forge très tôt une réputation d’homme de conviction. Juriste, docteur en droit et en économie, il s’impose progressivement comme l’un des principaux contradicteurs du pouvoir socialiste installé après l’indépendance. En 1974, il fonde le Parti démocratique sénégalais (PDS), qui deviendra au fil des années la principale force d’opposition du pays.
L’aboutissement de ce long parcours intervient en mars 2000. Après plusieurs candidatures infructueuses à la présidentielle, Abdoulaye Wade s’impose face à Abdou Diouf et devient le troisième président du Sénégal. Cette victoire marque une rupture politique majeure : pour la première fois, une alternance démocratique s’opère au sommet de l’État, ouvrant une nouvelle séquence dans l’histoire politique du pays.
Durant douze années au pouvoir, de 2000 à 2012, son empreinte s’installe dans le paysage sénégalais. Des infrastructures routières aux grands chantiers urbains, son nom reste associé à plusieurs réalisations d’envergure, parmi lesquelles le Monument de la Renaissance africaine, le Grand Théâtre National Doudou Ndiaye Coumba Rose ou encore le Musée des Civilisations noires. Son bilan, cependant, continue d’alimenter les débats, notamment autour de la controverse suscitée par sa candidature à un troisième mandat en 2012.
Ce centenaire intervient dans un contexte particulier, entre mémoire politique et reconnaissance institutionnelle. Des hommages lui seront rendus au Sénégal, même si les célébrations prévues à l’origine ce 29 mai ont été reportées aux 4 et 5 juin en raison de la proximité avec la Tabaski. Au programme : cérémonies officielles, expositions, rencontres populaires et réflexions autour de son héritage politique.
À 100 ans, Abdoulaye Wade appartient désormais à cette catégorie rare de dirigeants dont le nom dépasse le temps politique. Admiré par certains, contesté par d’autres, il reste une figure incontournable du récit national sénégalais, tant son parcours épouse une partie de l’histoire contemporaine du pays.







