Beaucoup pensent que le départ d’Ousmane Sonko de la Primature découle des désaccords accumulés avec le président sénégalais Diomaye Faye. Il pourrait effectivement s’agir de cela, d’autant que ces désaccords ont été étalés sur la place publique et que des médiateurs sont même intervenus pour réconcilier les deux têtes de l’Exécutif. Mais comme, en politique, les apparences trompent souvent, je me demande, moi, si ce départ n’est pas plutôt le fruit d’un plan stratégique concocté par les deux hommes.
En effet, en raison de condamnations judiciaires prononcées sous le règne de Macky Sall, Sonko n’était plus éligible à la présidentielle de 2029. Or, curieusement, l’Assemblée nationale a adopté, en avril 2026, une loi autorisant sa candidature à ce scrutin. Et qu’a fait le chef de l’Etat ? Il s’est hâté de promulguer ce texte ! Pourtant, il avait les moyens politiques de torpiller le vote du texte au parlement. Il tient aussi de la Constitution le pouvoir de le bloquer ou, à tout le moins, d’en retarder l’entrée en vigueur.
Alors question : Faye aurait-il promulgué si facilement une loi remettant dans la course présidentielle un candidat éliminé par la justice et qu’il considérerait comme son principal adversaire politique ? N’aurait-il pas été plus logique qu’il laisse les ambitions présidentielles de Sonko à la merci de décisions de justice devenues définitives ?
J’imagine donc qu’il a pu y avoir entre Faye et Sonko une entente secrète dont les termes seraient les suivants:
– Faye renonce à briguer un second mandat et Sonko sera l’unique candidat du pouvoir en 2029;
– En contrepartie, Sonko laisse Faye gérer son mandat actuel à sa guise et, à cette fin, quitte la Primature et va préparer le terrain électoral.
Si vous voulez vérifier mon hypothèse, il vous suffira d’observer l’attitude de Sonko dans les mois qui viennent. S’il endosse le costume d’un opposant, c’est que j’ai tort. Mais si, en revanche, lui ainsi que les maires, députés et militants de son parti (le Pastef) continuent de soutenir de bon coeur la politique de Faye, alors j’aurai eu raison.
Je rappelle que le peuple sénégalais adore l’alternance : il aurait été, par conséquent, très difficile que le duo Faye-Sonko accomplisse deux mandats aux commandes de l’Etat et que, par la suite, Sonko succède à Faye. D’où l’intérêt, pour le couple exécutif, de préparer la candidature de Sonko pour 2029.
Je souligne enfin que le Sénégal a l’habitude des ententes secrètes aux sommet, comme celle qui a permis à Macky Sall de faciliter l’élection de Faye aux dépens du candidat officiel de son propre camp, l’ancien Premier ministre Amadou Ba.
Me Amadou Aly Kane, Avocat, Défenseur dès Droits Humains
Secrétaire du parti écologiste R3D ( Regards Différents pour un Développement durable)







