Le régime militaire nigérien vient de franchir une nouvelle étape prévisible dans sa stratégie de verrouillage de l’information.
Vendredi 8 mai 2026, l’Observatoire national de la communication (ONC), reconverti en organe d’exécution de la junte, a annoncé la suspension immédiate et totale de neuf médias français et francophones, parmi lesquels France 24, RFI, l’AFP, TV5Monde, Jeune Afrique et Mediapart.
Pour justifier ce coup de balai numérique et satellitaire, le pouvoir de Niamey dégaine un poncif bien connu des régimes autoritaires : la « diffusion récurrente de contenus susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public, l’unité nationale et la stabilité des institutions ». Une formule volontairement vague qui sert avant tout à masquer une allergie chronique à la contradiction et au journalisme indépendant.
Une censure totale au service du récit unique
Loin de se cantonner aux ondes hertziennes, cette interdiction s’étend de manière agressive à l’ensemble des canaux : bouquets satellitaires, réseaux câblés, applications mobiles et sites internet. L’objectif est limpide : purger l’espace informationnel national pour imposer sans partage le récit officiel d’une junte engagée dans une surenchère souverainiste.
Cette décision intervient dans un calendrier politique qui ne doit rien au hasard. Elle survient à quelques jours du sommet Africa Forward à Nairobi, dont le Niger, le Mali et le Burkina Faso sont exclus, et s’inscrit dans la lignée directe des mesures liberticides adoptées par les voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES). En se calquant sur le modèle de Ouagadougou et de Bamako, Niamey harmonise sa politique de censure régionale sous couvert de « lutte contre la propagande impérialiste ».
L’information indépendante en voie de disparition
En ciblant cette fois-ci l’Agence France-Presse (AFP) ainsi que des titres de presse écrite et numérique comme Mediapart, le régime prouve qu’il ne tolère plus aucun regard extérieur sur la situation sécuritaire et politique complexe qui frappe le pays.
Mais le harcèlement ne s’arrête pas aux frontières de l’Hexagone. Derrière la rhétorique anti-française se cache une répression domestique tout aussi féroce. Après la suspension de la Maison de la Presse en janvier 2024, le pouvoir a multiplié les intimidations : treize journalistes nigériens ont été arrêtés en 2025, tandis que près de 3 000 ONG locales et internationales ont été dissoutes sous de fallacieux prétextes de complicité avec le terrorisme.
En privant les citoyens nigériens de sources d’information plurielles, la junte ne protège pas « l’ordre public » ; elle s’enferme dans un isolement factuel et s’assure que les dérives autoritaires et les bilans sécuritaires réels du pays s’exécutent désormais à huis clos.







