Alors que l’Alliance des États du Sahel (AES) tente de bâtir une nouvelle architecture sécuritaire, le souvenir du G5 Sahel refait surface. Loin d’être l’échec décrit par ses détracteurs, la Force conjointe avait instauré des mécanismes de coopération uniques qui font aujourd’hui cruellement défaut à la région.
Le G5 Sahel est-il mort de ses propres limites ou d’un sabotage politique ? À l’heure où Bamako, Ouagadougou et Niamey se lancent dans l’aventure de la Force de l’AES, un regard honnête sur le passé s’impose. Pendant sept ans, le G5 Sahel n’a été qu’une structure bureaucratique ; il a été le premier véritable laboratoire de solidarité militaire transfrontalière dans une région où les frontières sont les meilleures alliées des terroristes.
Une expertise multilatérale inégalée
Contrairement aux critiques simplistes, la Force conjointe du G5 Sahel a réussi là où beaucoup échouent : faire travailler ensemble cinq armées aux cultures et aux moyens disparates. Elle a posé les bases de l’interopérabilité, créé des centres de commandement conjoints et instauré des mécanismes de suivi des droits de l’homme qui crédibilisent ses opérations aux yeux de la communauté internationale.
L’article de l’ISS souligne un point crucial : le G5 Sahel bénéficiait d’un cadre juridique et diplomatique solide, reconnu par le Conseil de sécurité de l’ONU. Cette légitimité offrait un accès à des financements et à un soutien logistique que l’AES, aujourd’hui isolée sur la scène régionale et internationale, aura bien du mal à mobiliser seule.
Le risque du saut dans l’inconnu
En tournant le dos au G5 Sahel, les pays de l’AES ne se libèrent pas seulement d’une influence étrangère ; ils se privent d’un outil qui avait l’avantage d’exister et de fonctionner. La nouvelle force de l’AES promet une approche « souveraine », mais la souveraineté ne remplace ni les hélicoptères, ni le renseignement satellitaire, ni les chaînes logistiques complexes que le G5 Sahel s’efforçait de structurer.
De plus, le G5 Sahel avait compris une vérité fondamentale : la lutte contre le terrorisme ne peut se gagner sans le volet « Développement ». Via son Programme d’Investissements Prioritaires (PIP), l’organisation tentait de ramener l’État par l’école et les puits, là où l’AES semble pour l’instant se murer dans une stratégie purement militaire et répressive.
Un cadre à réhabiliter plutôt qu’à enterrer
L’échec apparent du G5 Sahel est avant tout celui d’une volonté politique défaillante des États membres et d’un manque de soutien financier pérenne de la part des partenaires. Plutôt que de faire table rase et de perdre un temps précieux à recréer des structures à partir de zéro, la sagesse aurait voulu que l’on s’appuie sur les acquis du G5 Sahel pour les réformer de l’intérieur.
Aujourd’hui, l’insécurité progresse et la coordination transfrontalière s’étiole. En brisant l’unité du G5, la région s’est fragmentée. La Force de l’AES saura-t-elle faire mieux ? Sans les ressources, sans le cadre multilatéral et sans l’expérience accumulée par le G5 Sahel, le défi semble titanesque. Il est à craindre que l’on regrette amplement, dans quelques années, la destruction d’un outil qui, malgré ses imperfections, restait la réponse la plus structurée à la crise sahélienne.







