Les attaques coordonnées du 25 avril dernier, ayant frappé simultanément plusieurs localités du centre et du nord du Mali, ne sont pas seulement un énième épisode tragique. Elles agissent comme un révélateur brutal de l’échec d’une stratégie de transition qui a sacrifié le dialogue politique sur l’autel d’un souverainisme guerrier aux résultats précaires.
Alors que les autorités de Bamako multiplient les communiqués triomphalistes sur la « montée en puissance » des Forces Armées Maliennes (FAMa), la réalité du terrain impose un constat plus sombre. Les assauts simultanés contre des garnisons et des postes de sécurité démontrent que les groupes armés terroristes (GAT) conservent une capacité de nuisance intacte, voire une agilité tactique accrue, malgré les offensives menées avec l’appui des partenaires russes.
L’illusion de la victoire par les armes
Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte, le narratif officiel repose sur une promesse simple : la sécurité par la force brute et la rupture avec les anciens alliés. Pourtant, l’insécurité ne reflue pas ; elle se métamorphose. En se focalisant sur une réponse exclusivement cinétique (frappes aériennes, opérations au sol), Bamako semble négliger que le terrorisme au Sahel est avant tout un symptôme de l’absence d’État et de la rupture du contrat social.
L’absence de solutions politiques pour les zones rurales laisse le champ libre aux recruteurs du JNIM et de l’EIGS. En l’absence de services de base, de justice équitable et de perspectives économiques, chaque opération militaire musclée risque de générer plus de ressentiment que de stabilité, alimentant ainsi un cycle de violence sans fin.
Une diplomatie de la rupture qui isole
La stratégie sécuritaire malienne souffre également d’un isolement diplomatique croissant. Le retrait de la CEDEAO et les tensions avec les voisins limitrophes compliquent la coordination transfrontalière, indispensable pour traquer des groupes qui se jouent des frontières. En s’enfermant dans une rhétorique de siège, le pouvoir de transition se prive de leviers de coopération régionaux essentiels.
L’arrivée des instructeurs et paramilitaires russes, présentée comme la solution miracle, n’a pour l’instant pas permis d’inverser durablement la courbe de la violence. Au contraire, les rapports faisant état d’exactions contre les populations civiles lors d’opérations conjointes menacent d’aliéner définitivement les communautés locales, pierre angulaire de toute lutte anti-terroriste efficace.
L’urgence d’un virage politique
Il est désormais clair que la reconquête territoriale ne peut se substituer à une gouvernance inclusive. Les attaques du 25 avril soulignent l’essoufflement d’un modèle qui refuse le dialogue avec les acteurs locaux et les groupes signataires des accords de paix, quand il ne les pousse pas directement dans l’opposition armée.
Le Mali ne pourra faire l’économie d’une réflexion sur le retour de l’administration dans les zones délaissées et sur la réouverture de canaux de discussion politiques. Sans un projet de société qui dépasse la simple réponse sécuritaire, les « victoires » militaires resteront des parenthèses fragiles dans un océan d’instabilité.
La transition malienne est à la croisée des chemins : soit elle persiste dans un bras de fer épuisant et solitaire, soit elle accepte que la paix ne se gagne pas seulement avec des fusils, mais aussi par la légitimité politique et la cohésion nationale. Pour l’heure, Bamako semble avoir choisi la première option, au risque de transformer le pays en un bastion assiégé où la sécurité n’est plus qu’un slogan.







