La Cour d’appel de Bamako a rendu, ce vendredi 27 mars 2026, son verdict dans le dossier dit « Paramount-Embraer », une affaire emblématique de présumés détournements liés à des marchés militaires. Cinq personnalités, dont l’ancien Premier ministre Boubou Cissé, ont été condamnées à 20 ans de réclusion criminelle.
Au total, cinq accusés (Boubou Cissé, Tiéman Hubert Coulibaly, Mamadou Igor Diarra, Babaly Bah et Mamadou Lamine Diakité) ont été reconnus coupables de « faux et usage de faux, corruption, atteinte aux biens publics et blanchiment de capitaux ».
Quatre autres prévenus, dont Tiéna Coulibaly et plusieurs officiers supérieurs, ont écopé de peines de sept ans de prison. De son côté, la colonel-major Aminata Doho a été condamnée à un an d’emprisonnement assorti d’une amende.
À l’inverse, sept accusés ont été acquittés, parmi lesquels le général Mahamane Touré.
Un procès marqué par l’absence de certains accusés
Ouvert le 22 décembre 2025, le procès s’est déroulé sur près de trois mois. Plusieurs figures clés, visées par des mandats d’arrêt internationaux, étaient absentes, notamment Boubou Cissé et ses coaccusés civils. La justice a refusé qu’ils soient représentés par leurs avocats en leur absence.
Le ministère public avait requis, dès janvier 2026, des peines allant jusqu’à la perpétuité, avant que le verdict ne soit finalement rendu après plusieurs reports.
Un scandale né de contrats militaires controversés
L’affaire remonte à 2015, dans un contexte de dégradation sécuritaire au Mali. Dans le cadre de la loi de programmation militaire, l’État avait conclu des contrats avec les sociétés Paramount Group et Embraer pour l’acquisition d’équipements destinés aux forces armées.
Ces accords prévoyaient notamment l’achat de 36 véhicules blindés pour environ 11 milliards de francs CFA et de six avions Super Tucano pour 7,5 milliards. Mais selon les conclusions de l’enquête, ces équipements n’ont jamais été livrés.
Le préjudice global est estimé à plus de 33 milliards de francs CFA, incluant les montants engagés et les dommages réclamés par l’État.
Des soupçons d’irrégularités et des audits déterminants
Dès la signature des contrats, des soupçons de surfacturation et d’irrégularités dans les procédures d’attribution avaient émergé. Les fonds auraient notamment transité par la Banque malienne de solidarité, dirigée à l’époque par Babaly Bah.
Après le coup d’État de 2020 mené par Assimi Goïta, plusieurs audits ont été lancés sur la gestion des finances publiques. L’un d’eux a mis en lumière des « irrégularités majeures » dans ces contrats, conduisant à l’émission de mandats d’arrêt en 2022.
Un dossier emblématique de la lutte contre la corruption
Au moment des faits, les principaux accusés occupaient des postes stratégiques au sommet de l’État, notamment aux ministères de l’Économie, des Finances et de la Défense, ainsi que dans la hiérarchie militaire.
Ce verdict marque une étape importante dans la lutte contre la corruption au Mali, dans un contexte où les autorités de transition affichent leur volonté de renforcer la transparence dans la gestion des ressources publiques.







