Alors que les tensions militaires entre l’Éthiopie et l’Érythrée ne cessent de croître, un nouveau facteur vient aggraver la situation : la prolifération d’images et de vidéos générées par l’intelligence artificielle. Ces contenus, largement diffusés sur les réseaux sociaux, attisent l’animosité entre les deux voisins de la Corne de l’Afrique et contribuent à nourrir un climat explosif.
Depuis fin 2023, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed revendique un accès direct à la mer, évoquant notamment le port érythréen d’Assab comme potentiel débouché stratégique. Cette revendication territoriale, combinée à des mouvements de troupes près de la frontière, a ravivé la crainte d’un nouveau conflit entre les deux pays.
Parallèlement, des affrontements verbaux et accusations mutuelles se multiplient. Ces actes s’inscrivent dans un climat déjà marqué par les séquelles du conflit du Tigré (2020–2022), qui avait fait plusieurs centaines de milliers de morts selon différentes estimations.
L’IA, un nouvel outil de propagande
Dans ce contexte déjà tendu, les réseaux sociaux sont submergés d’images et de vidéos générées par IA, souvent hyperréalistes, montrant des scènes fictives de victoire militaire ou d’humiliation d’un camp par l’autre. Ces contenus, parfois partagés par des comptes influents, génèrent des milliers d’interactions en quelques heures et alimentent des commentaires violents et haineux.
Certains créateurs revendiquent ouvertement leur volonté de « promouvoir un récit national », quitte à manipuler la réalité. D’autres utilisateurs, notamment pro‑érythréens, répliquent avec leur propre propagande visuelle, renforçant ainsi un cercle vicieux d’escalade numérique.
Selon des experts régionaux, ces images synthétiques exacerbent les tensions en donnant l’illusion d’événements crédibles, dans un contexte où la littératie numérique reste limitée. Beaucoup d’internautes ne disposent pas des outils nécessaires pour distinguer le vrai du faux, ce qui favorise la propagation de rumeurs et d’émotions extrêmes.
Un risque réel pour la stabilité régionale
Les spécialistes redoutent que cette guerre d’images ne contribue à envenimer davantage les rapports déjà fragiles entre Addis-Abeba et Asmara. La diffusion massive de fausses représentations pourrait influencer les perceptions publiques et même, à terme, peser sur les décisions politiques.
Si la technologie offre de nouveaux moyens d’expression, elle constitue aussi, dans un environnement géopolitique sensible, un instrument de manipulation aux conséquences potentiellement graves.







