La cybercriminalité connaît une croissance fulgurante à l’échelle mondiale, et l’Afrique n’est pas en reste. Selon un rapport récemment publié par Interpol, les alertes liées aux escroqueries numériques ont bondi de plus de 50 % en un an, confirmant que la fraude en ligne figure désormais parmi les menaces criminelles les plus préoccupantes au monde.
Cette hausse spectaculaire s’explique notamment par l’usage massif de l’intelligence artificielle par les réseaux criminels, capable de générer de faux contenus, d’imitations vocales ou vidéo, ou encore de messages d’hameçonnage d’un réalisme déconcertant. Interpol souligne que ces outils ont « abaissé les barrières à l’entrée » et permis à davantage de groupes d’organiser des escroqueries sophistiquées, souvent transnationales.
Le continent africain, cible privilégiée et terre d’opérations des cybercriminels
Entre décembre et fin janvier, les polices de 16 pays africains ont arrêté 651 personnes impliquées dans de vastes réseaux criminels opérant principalement via des fraudes financières, du phishing ou encore des investissements fictifs. Ces groupes auraient extorqué près de 38 millions d’euros à des centaines de victimes à travers le continent et au-delà.
Une autre enquête publiée la même semaine confirme l’ampleur du fléau : certaines opérations montrent que la cybercriminalité représente désormais près de 30 % des infractions enregistrées dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique de l’Est, notamment via le hameçonnage et les escroqueries aux transferts bancaires ou aux prêts mobiles.
Des réseaux présents dans toute l’Afrique
Les opérations menées sous la coordination d’Interpol — dont l’opération « Carton Rouge 2.0 » — ont touché des pays tels que l’Angola, le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Nigeria, le Sénégal ou encore la Zambie. Elles ont permis de démanteler des schémas d’arnaques très diversifiés : Phishing et fausses plateformes d’investissement : au Nigeria, des réseaux vendaient de faux investissements en actifs numériques, subtilisant les mises avant de disparaître. Fraudes aux prêts mobiles : en Côte d’Ivoire, 58 suspects ont été arrêtés pour avoir piégé des victimes à l’aide de prêts rapides assortis de frais illégaux et de méthodes de recouvrement abusives. Arnaques aux rendements financiers : au Kenya, des criminels visaient principalement des jeunes investisseurs, promettant des profits rapides sur de petits montants initiaux avant de couper tout contact avec les victimes.
Interpol met en garde : ces techniques évoluent très vite, et une grande partie des victimes ne se manifeste jamais, empêchant d’évaluer l’ampleur réelle des dégâts.
Une menace qui s’étend géographiquement
Si les centres d’arnaques étaient autrefois concentrés en Asie du Sud-Est, Interpol note désormais une expansion vers le Moyen-Orient, l’Amérique centrale et surtout l’Afrique de l’Ouest, où des groupes organisés exploitent les failles numériques et l’accès croissant aux outils technologiques.
Pour les populations africaines, cette offensive criminelle a un impact direct : pertes financières, endettement, traumatismes psychologiques et méfiance croissante envers les services numériques pourtant essentiels aux économies émergentes.
Les autorités africaines renforcent leur riposte
Face à cette montée en puissance, plusieurs forces de police africaines, en partenariat avec Interpol et des initiatives internationales comme l’AFJOC, intensifient les opérations de surveillance et d’arrestation.
Elles appellent également les citoyens à signaler systématiquement toute tentative de fraude, rappelant que les victimes sont souvent beaucoup plus nombreuses que celles identifiées dans les dossiers d’enquête.
Le directeur de la Cybercriminalité d’Interpol rappelle qu’aucun pays ne peut lutter seul : les réseaux sont globaux, coopèrent entre eux et exploitent des technologies de plus en plus sophistiquées. La coopération régionale devient donc indispensable, tout comme la formation renforcée des unités locales.
Un défi majeur pour le continent
Alors que l’Afrique accélère sa transformation numérique, la cybercriminalité représente un frein à la confiance, un risque pour les entreprises et un coût humain et économique croissant.
Mais les opérations récentes montrent également une prise de conscience et une capacité de riposte qui progressent rapidement.
L’enjeu pour les années à venir sera de protéger les utilisateurs les plus vulnérables, de réguler les plateformes, et de doter les États africains des moyens de contrer des cybercriminels toujours mieux équipés.







