La France a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « meurtre constitutif de crime de guerre » après la mort de Karine Buisset, 54 ans, employée française de l’Unicef tuée mercredi à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). L’annonce a été faite vendredi par le parquet national antiterroriste (PNAT), compétent en matière de crimes de guerre.
L’enquête a été ouverte « contre X » en flagrance. Elle est confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH), qui devra déterminer les circonstances exactes de l’attaque et tenir informée la famille de la victime. Selon les premiers éléments rapportés par le PNAT, la travailleuse humanitaire a été tuée « après que la maison qu’elle occupait eut été atteinte par un engin explosif » dans la nuit de mardi à mercredi.
Drone non revendiqué et contexte de guerre
D’après la Mission des Nations unies en RDC (Monusco), l’attaque serait une frappe de drone non revendiquée ayant atteint un bâtiment hébergeant des travailleurs humanitaires dans une ville désormais sous contrôle du mouvement armé M23 depuis janvier 2025.
Le PNAT souligne que les faits surviennent « en lien avec une situation de conflit armé opposant les forces congolaises et le mouvement dit M23 ».
La région de Goma, située dans le Nord-Kivu, est au cœur d’un conflit armé complexe impliquant l’armée congolaise, le groupe M23 et, selon plusieurs rapports internationaux, un soutien présumé du Rwanda au mouvement rebelle. Le M23 contrôle de vastes zones de l’est congolais depuis fin 2021.
L’Unicef s’est déclarée profondément bouleversée et indignée par la mort de Karine Buisset, dénonçant une attaque visant un lieu abritant du personnel humanitaire. L’organisation appelle à la protection urgente des travailleurs humanitaires opérant dans cette région en proie à des violences répétées depuis trois décennies.
Accusations croisées
L’attaque n’a été revendiquée par aucun acteur. Le M23, via son porte-parole, a accusé l’armée congolaise d’être responsable de la frappe. Le gouvernement congolais, désormais absent de Goma sous contrôle rebelle, a démenti toute implication et assuré ne « pas pouvoir entreprendre une action contraire aux valeurs qu’il a toujours défendues ». Il a exprimé sa « profonde tristesse » et annoncé l’ouverture d’une enquête sur « l’origine des explosions ».
Ces versions contradictoires illustrent la complexité du conflit et les zones d’ombre entourant cette attaque meurtrière.
En qualifiant les faits de crime de guerre, la France place cet événement sur le terrain du droit international humanitaire et rappelle que les attaques contre des civils ou du personnel humanitaire peuvent relever de la justice pénale internationale.







