En dix ans, la région de Tillabéri, dans l’ouest du Niger, est devenue l’un des foyers les plus meurtriers du Sahel. Située au carrefour du Mali et du Burkina Faso, cette vaste zone rurale subit une intensification des attaques menées par des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique au Sahel (EIS). Malgré les opérations de la junte militaire installée au pouvoir depuis juillet 2023, la spirale de violence semble loin de faiblir.
Selon l’ONG Acled, qui documente les violences dans le monde, Tillabéri a concentré près de 1 300 morts sur les 1 939 victimes recensées au Niger en 2025. La moitié sont tombés lors d’affrontements entre forces nigériennes et groupes armés. L’autre moitié concerne des civils, pris pour cibles dans des attaques d’une brutalité croissante.
Parmi les épisodes les plus marquants de l’année : 22 civils tués lors d’une cérémonie de baptême, 71 pendant un prêche, 44 dans une mosquée, 34 soldats tombés dans une attaque coordonnée et deux maires assassinés.
Si les groupes armés sont principalement tenus responsables, certaines exactions attribuées aux forces de sécurité nigériennes sont également signalées.
Une région stratégique devenue champ de bataille
Pour les analystes, Tillabéri paye sa position dans la zone tri-frontalière Niger–Mali–Burkina Faso, un espace désormais dominé par les rivalités entre l’EIS et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
Ces rivalités se traduisent par une multiplication des attaques et par des déplacements massifs de groupes armés vers le sud, en direction de Dosso et des abords de Niamey.
La prolifération de milices d’autodéfense locales, souvent mal formées et faiblement équipées, a également contribué à attiser les tensions communautaires. Fin février, 25 de ces miliciens civils ont été tués près de la frontière malienne.
Population terrorisée, services publics paralysés
Pour les habitants, la situation est devenue intenable. Dans les zones sous contrôle jihadiste, les civils doivent payer un impôt obligatoire, comparaître devant des tribunaux islamiques improvisés et obéir à des règles imposées sous peine de châtiments corporels ou d’exécutions publiques.
Les écoles ferment, les dispensaires sont incendiés ou abandonnés, les marchés s’éteignent. L’insécurité sur les routes est telle que de nombreux déplacements nécessitent une escorte militaire.
« Les bandits tuent, pillent, rançonnent », résume Amadou Arouna Maiga, coordonnateur de l’association Union Tillabéri pour la paix et la sécurité.
Les mesures gouvernementales — état d’urgence, interdiction des motos, fermeture de marchés — aggravent également les difficultés économiques. « Pas de boulot, pas d’argent, la vie est très dure », témoigne un chauffeur de Téra.
Des perspectives sombres pour 2026
Entre l’extension des groupes armés, la multiplication des milices locales et la fragilité des institutions nigériennes, les experts redoutent une nouvelle année marquée par la violence.
Selon Héni Nsaibia, analyste pour Acled, il est peu probable que la situation s’améliore en 2026.
Au cœur du Sahel, Tillabéri apparaît aujourd’hui comme l’un des symboles les plus dramatiques de l’instabilité régionale, pris en étau entre jihadistes, forces de sécurité et populations livrées à elles‑mêmes.







