À la mosquée centrale Abu Hurairah, l’affluence était exceptionnelle vendredi pour la grande prière. À quelques jours du début du ramadan, les habitants de Sokoto espèrent que le mois sacré aidera à tourner la page de la stupeur provoquée par les frappes américaines menées le jour de Noël contre des positions jihadistes situées à une soixantaine de kilomètres de la capitale de l’État.
Sous une chaleur écrasante, des centaines de fidèles, dont de nombreux enfants, se sont rassemblés dans ce bastion majoritairement musulman du nord du Nigeria. « Les gens prient ardemment pour que l’insurrection prenne fin », confie Ahmad Mustapha, un médecin de 37 ans, encore marqué par les explosions entendues fin décembre. « C’est nouveau dans cette partie du pays. Nous n’avions connu cela qu’au plus fort de Boko Haram. »
Les autorités nigérianes ont confirmé que les frappes américaines avaient été menées en coordination avec Abuja et visaient deux bastions de l’État islamique dans le district de Tangaza. Une intervention inhabituelle dans cette région, généralement moins touchée par les violences que les États voisins du nord-est, théâtre depuis 2009 de l’insurrection Boko Haram et de sa faction rivale, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).
Entre inquiétude et optimisme prudent
À Sokoto, le choc a été réel, mais les habitants affichent un optimisme mesuré. nombre d’entre eux espèrent que le ramadan, dont le début sera annoncé par le sultan Muhammadu Sa’ad Abubakar, chef spirituel des musulmans nigérians, marquera un tournant vers davantage de stabilité.
Lors de la prière, l’imam a insisté sur la fraternité, la charité et la solidarité, appelant les fidèles à aborder le mois sacré dans un esprit de paix. « Les choses suivent leur cours normal. Nous ne nous attendons à rien de mauvais », assure Aminu Muhammad, commerçant de 43 ans croisé au marché central.
Une région sous pression, mais loin de l’épicentre jihadiste
Si Sokoto reste relativement épargné par les violences, certains experts estiment que des liens existent entre le groupe armé local Lakurawa et l’État islamique au Sahel, actif au Niger et au Mali. D’autres spécialistes contestent toutefois ces analyses, jugeant les connexions trop limitées pour parler d’une implantation structurée.
Le nord du Nigeria demeure de toute façon profondément marqué par seize années de violences : selon l’ONU, plus de 40 000 personnes ont été tuées et deux millions déplacées depuis 2009.
Vie quotidienne animée et efforts sociaux
Malgré les tensions, la ville de Sokoto offre le visage d’une cité animée. Vendredi après-midi, le marché principal était bondé, les étals envahis de clients et les rues encore très actives bien après la tombée de la nuit. Des responsables religieux participaient en parallèle à des ateliers organisés par le gouvernement en préparation du jeûne.
La semaine dernière, le gouverneur Ahmad Aliyu Sokoto a annoncé la distribution de sacs de maïs et d’aides financières à 1 000 ménages avant le début du ramadan, promettant un soutien durable aux familles affectées par l’insécurité. Un geste bienvenu, même si l’État affiche un taux de pauvreté multidimensionnelle de 91 %, l’un des plus élevés du pays.







