Le piège semblait parfaitement huilé. Un simple appel, une voix douce, une course banale : c’est ainsi que plusieurs conducteurs de moto-taxi ont été entraînés de force dans des ruelles sombres de Jaxaay, où des hommes armés les attendaient, tapis dans l’ombre. Pendant des semaines, le gang a sévi sans laisser de trace. Jusqu’à cette nuit du 8 février, où tout s’est brusquement effondré.
Il est un peu plus d’une heure du matin lorsque les policiers reçoivent un appel inhabituel : des riverains ont maîtrisé une jeune femme après le vol d’une moto. Quand la Brigade de Recherches arrive sur place, elle découvre une suspecte retenue par le conducteur agressé, encore sous le choc. C’est le début d’un démantèlement inattendu.
Quelques heures plus tôt, la jeune femme avait pourtant tout l’air d’une cliente ordinaire. Dans l’après-midi, elle avait sollicité un moto-taxi pour se rendre à Yoff, payé sa course via une application et échangé son numéro avec le conducteur. Rien de suspect. Mais vers 23h, elle le recontacte pour une nouvelle destination : Jaxaay.
Arrivés au terminus 56, tout bascule. Alors que le conducteur immobilise sa moto, deux silhouettes surgissent de leur cachette, machettes brandies. Les agresseurs arrachent le véhicule, mais la victime parvient à s’agripper à la jeune femme. Ses cris alertent le voisinage. Le piège se referme… cette fois sur les piègeurs.
Sous interrogatoire, la suspecte finit par raconter ce que les enquêteurs pressentaient : derrière les agressions isolées, un véritable gang opérait. Sept personnes, dont deux jeunes filles, utilisées comme “appâts” pour attirer les conducteurs dans des zones isolées avant de les dépouiller. Une mécanique bien rodée, répétée au moins cinq fois selon les aveux.
Les arrestations s’enchaînent. Quatre autres membres sont interpellés. Une perquisition permet de saisir trois cornets de chanvre indien prêts à la vente et 135 000 FCFA, argent issu de la revente d’une moto volée. Les enquêteurs apprennent aussi que le butin était écoulé entre 150 000 et 200 000 FCFA, parfois même loin de Dakar, comme cette moto revendue à Kaolack.
Ce coup de filet éclaire enfin plusieurs plaintes restées sans suite. L’une d’elles, déposée le 25 décembre, raconte une scène presque identique : deux jeunes filles qui demandent une course, une insistance suspecte, puis une attaque brutale dans l’obscurité. Le conducteur, miraculeusement indemne malgré des coups de couteau évités de justesse, avait vu sa moto disparaître dans la nuit.
Aujourd’hui, les six suspects sont en garde à vue. L’enquête se poursuit pour retrouver le dernier membre du groupe et les receleurs.
Pour les habitants de Jaxaay, le démantèlement sonne comme un soulagement. Pour les moto-taximen, une leçon amère : parfois, le danger se cache derrière un simple appel, un sourire, ou une voix rassurante.







