Les étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop ont commencé à quitter le campus dès la publication du communiqué du COUD annonçant la fermeture du campus social jusqu’à nouvel ordre. Chargés de bagages et visiblement affectés, ils disent regretter la mort de leur camarade décédé la veille dans l’enceinte universitaire et dénoncent la décision des autorités.
Les forces de l’ordre sont positionnées tout le long du campus, du « couloir de la mort » jusqu’à la grande porte de l’UCAD. Hommes et véhicules occupent les abords du temple du savoir. Dans cette foule dense, où s’entremêlent étudiants et valises, difficile de circuler. Les pensionnaires du campus social quittent les lieux, encore marqués par les affrontements de la veille.
“On part sans savoir quand on reviendra”
Dans le vacarme et sous une chaleur lourde, Malick Cissé tire sa valise en scrutant les alentours à la recherche d’un véhicule en direction de Colobane. Étudiant en Licence 3 à la Faculté des Lettres et Sciences humaines, il s’apprête à rejoindre Kaffrine après l’annonce de la fermeture.
« Je suis écœuré par cette décision. L’année vient juste de démarrer pour nous. Cette fermeture va encore perturber le calendrier universitaire. On part, mais on ne sait même pas quand on reviendra », confie-t-il, visiblement terrifié.
“Médecin après la mort” : des étudiants en colère
Pour son camarade Babacar, étudiant en Géographie, la fermeture du campus était évitable. Vêtu d’un « Baye Lahat » et un sac d’environ 15 kg à la main, il s’apprête à prendre la route de Touba. Il assimile la décision des autorités à l’expression « médecin après la mort ».
« La situation pouvait être gérée autrement. Ils ont envoyé des policiers pour réprimer les étudiants et tout le monde a vu les conséquences : nous avons perdu un camarade. Nous avions alerté, mais personne n’a voulu nous écouter », regrette-t-il.
Profondément déçu, Babacar pointe également du doigt les nouvelles autorités.
« Je ne m’attendais pas à ça. Nous avons défendu la candidature d’Ousmane Sonko, ici même à l’Université. Jamais il n’aurait dû autoriser les forces de l’ordre à entrer sur le campus. On ne devait pas vivre ça avec ce régime. Je suis déçu », lâche-t-il, découragé.
Une détresse silencieuse chez de nombreux étudiants
Un peu plus loin, Marième, étudiante originaire du Fouta et logeant à Fass, récupère quelques effets personnels. Très affectée, elle peine à s’exprimer.
« Je suis meurtrie par le décès de l’étudiante… Je ne peux pas parler », murmure-t-elle, la voix tremblante.
Concernant les traces d’affrontements, Babacar tient à rassurer : selon lui, aucun acte de vandalisme n’a été commis par les étudiants.
« Oui, il y a eu des affrontements, mais pas de saccages de la part des étudiants. Seuls les policiers nous ont réprimés », affirme-t-il.
Un décès qui ravive les tensions
Hier, lors des heurts entre forces de l’ordre et étudiants dans l’enceinte du campus, Abdoulaye Bâ, étudiant en 2e année à la Faculté de Médecine et d’Odontostomatologie, a perdu la vie. Un choc pour la communauté universitaire.
Dans un communiqué publié dans la soirée, le COUD a annoncé la fermeture du campus social jusqu’à nouvel ordre, sans préciser de date de réouverture.
Mamadou Dieng







