Depuis son arrivée à la tête du Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye a effectué près d’une trentaine de voyages officiels. Partout, des discours panafricains, des appels à l’investissement et la signature de protocoles d’accords. Pendant ce temps, l’économie sénégalaise ploie sous le poids de la dette. Le pays figure désormais parmi les trois économies africaines les plus proches de la faillite. Dans ce contexte, une question s’impose : quel est le sens de ces multiples déplacements présidentiels ?
La diplomatie de proximité comme première étape
Pour ses premiers déplacements, Bassirou Diomaye Faye a choisi ses voisins immédiats : la Mauritanie, puis la Gambie, respectant ainsi son engagement de renforcer les relations de bon voisinage dans la sous-région ouest-africaine. Cette dynamique s’est ensuite étendue à plusieurs pays de la région, dont la République démocratique du Congo (RDC), visitée les 2 et 3 février 2026.
Dans la vision du PASTEF, l’Afrique et le panafricanisme occupent une place centrale. La nouvelle dénomination du ministère en est une preuve symbolique : Ministère de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères. Pour certains, cela traduit la volonté du président de recentrer la politique étrangère du Sénégal sur le continent.
Un discours panafricaniste, mais peu de résultats concrets
Malgré ces déplacements, les avancées diplomatiques restent limitées. Lors du sommet d’Abuja, le 7 juin 2024, le président Faye a réaffirmé l’engagement du Sénégal envers la CEDEAO, plaidant pour éviter le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Mais son action n’a produit aucun résultat tangible : les trois pays ont poursuivi leur rupture avec l’organisation. Ainsi, la diplomatie panafricaine voulue par les nouvelles autorités peine à porter ses fruits.
Paris, première étape hors du continent
Après ses visites africaines, Diomaye Faye a choisi la France comme premier déplacement hors d’Afrique, à l’occasion du Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinales, le 20 juin 2024.
À Paris, il a rencontré Emmanuel Macron pour la première fois. La France, principal partenaire économique du Sénégal, offrait une opportunité symbolique de redéfinir les relations bilatérales. Certains observateurs ont vu dans ce voyage moins une percée économique qu’une volonté d’affirmer un nouveau cadre de partenariat fondé sur le respect mutuel et l’équilibre.
Une visite aux États-Unis… mais toujours des paroles, peu d’actes
Le président s’est également rendu aux États-Unis, invité à la Maison-Blanche par Donald Trump avec d’autres chefs d’État africains. Cependant, là encore, les retombées concrètes tardent. L’essentiel des communications officielles porte sur des “perspectives”, des “axes renforcés” ou des “protocoles d’accords”. Après près de trente déplacements, le décalage entre l’intensité diplomatique et les retombées mesurables interroge.
Un secteur privé frustré et peu impliqué
Le secteur privé sénégalais, pourtant essentiel pour relancer une économie en difficulté, critique la faible organisation entourant ces voyages. Le président du Conseil des Entreprises du Sénégal (CDES), Babacar Diagne, regrette que les chefs d’entreprise soient informés trop tard pour se préparer ou nouer des partenariats. Selon lui, une meilleure planification permettrait un véritable matching business, indispensable pour attirer des opportunités.
Une médiation régionale sans portée et une économie au bord de l’asphyxie
Dans ses déplacements, Diomaye Faye s’est aussi positionné comme médiateur entre la CEDEAO et les pays de l’Alliance des États du Sahel. Mais cette stratégie diplomatique, pour l’instant, ne semble pas produire de résultats significatifs.
Pendant ce temps, l’économie sénégalaise continue de souffrir : endettement massif, recours répété aux emprunts obligataires, levées de fonds sur les marchés régionaux…
Autant d’éléments qui freinent la progression du pays vers l’émergence.







