Après plus de deux mois de crispation post-électorale, la Guinée-Bissau donne des signes d’apaisement politique. Libérations ciblées d’opposants, médiation active de la CEDEAO et annonce d’un calendrier électoral ont marqué la fin du mois de janvier 2026. Mais derrière ce dégel apparent, la junte militaire reste le principal bénéficiaire de la séquence, conservant l’essentiel du pouvoir et le contrôle du tempo politique.
Une crise née d’un scrutin sans verdict
Le 23 novembre 2025, les Bissau-Guinéens se rendent massivement aux urnes dans un climat calme et serein pour élire leur président. Mais, dès le soir du scrutin, le président sortant Umaro Sissoco Embaló et son rival Fernando Dias da Costa revendiquent chacun la victoire, avant toute proclamation officielle des résultats.
Trois jours plus tard, le 26 novembre, alors que la population attend toujours la publication des résultats, un groupe de militaires prend le pouvoir, suspend le processus électoral et arrête le président Embaló. La crise politique bascule alors dans une crise institutionnelle ouverte.
Arrestations, exils et pression régionale
Dans la foulée du coup d’État, Fernando Dias da Costa trouve refuge à l’ambassade du Nigeria à Bissau, tandis que Domingos Simões Pereira, leader du PAIGC et figure centrale de l’opposition, est arrêté.
La CEDEAO réagit rapidement, condamne la rupture de l’ordre constitutionnel et exige un retour au processus démocratique. Une mission de haut niveau est dépêchée à Bissau, conduite par le président de la Sierra Leone, président en exercice de l’organisation, accompagné du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye. L’objectif est clair : obtenir des garanties pour une transition encadrée et crédible.
Un calendrier électoral pour desserrer l’étau
Sous pression diplomatique, la junte annonce, le 21 janvier 2026, un calendrier de transition. Les élections présidentielle et législatives sont fixées au 6 décembre 2026, soit plus d’un an après le coup d’État. Une annonce qui permet aux autorités militaires de calmer les critiques internationales tout en s’offrant une confortable marge de manœuvre politique.
Des gestes d’apaisement très encadrés
Le 31 janvier 2026, la junte franchit une nouvelle étape dans sa stratégie d’ouverture contrôlée.
Domingos Simões Pereira est libéré, mais placé sous assignation à résidence.
Le même jour, Fernando Dias da Costa quitte librement l’ambassade du Nigeria, où il s’était réfugié depuis le coup d’État.
Les images diffusées montrent les deux opposants aux côtés du général Biram Diop, ministre sénégalais des Forces armées, symbole du rôle central joué par la médiation régionale, notamment celle du Sénégal.
Un dégel qui profite d’abord aux militaires
Si ces évolutions traduisent un début d’apaisement, elles profitent avant tout à la junte, qui conserve le pouvoir effectif, fixe seule le calendrier électoral et encadre strictement l’espace politique. L’opposition retrouve une liberté partielle, mais reste sous surveillance, sans garantie sur les conditions réelles du futur scrutin.
Quant au peuple bissau-guinéen, il demeure le grand absent de ce dégel politique. Le verdict des urnes du 23 novembre 2025 n’a jamais été proclamé, laissant en suspens la question centrale de la souveraineté du vote.
Une transition sous haute vigilance
Le dégel politique en Guinée-Bissau est donc réel, mais asymétrique. Il apaise les tensions immédiates sans régler le fond de la crise. La crédibilité du processus engagé dépendra désormais de la capacité des autorités de transition à organiser, en décembre 2026, des élections libres, inclusives et transparentes — seule voie durable vers un retour à l’ordre constitutionnel.
Alioune Sow







