Chroniqueurs, journalistes et responsables politiques se retrouvent de plus en plus devant les tribunaux pour des propos tenus dans les médias ou en ligne. Entre liberté d’expression et rigueur pénale, la frontière semble de plus en plus ténue.
Le chroniqueur Abou Diallo a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour diffusion de fausses nouvelles. L’affaire trouve son origine dans une émission au cours de laquelle il appelait les populations du Fouta à se mobiliser en faveur de Farba Ngom. Interpellé par la Division spéciale de la cybersécurité (DSC), Abou Diallo faisait face à plusieurs chefs d’accusation, notamment discours publics contraires aux bonnes mœurs, incitation à la discrimination ethnique et diffusion de fausses nouvelles. Il a finalement été jugé puis libéré.
Badara Gadiaga, de la prison au bracelet électronique
Autre figure médiatique concernée, le chroniqueur Badara Gadiaga a été placé sous mandat de dépôt le 14 juillet 2025. Il était poursuivi, entre autres, pour discours contraires aux bonnes mœurs. Son arrestation faisait suite à un débat télévisé sur l’affaire Adji Sarr, lors de l’émission « Jakaarlo », où il s’était vivement opposé à Amadou Bâ, alors député et aujourd’hui ministre de la République.
Après plusieurs mois de détention, Badara Gadiaga a bénéficié, le 10 novembre 2025, d’une liberté provisoire assortie du port d’un bracelet électronique.
Abdou Nguer, plusieurs mois de détention avant la liberté
Le chroniqueur Abdou Nguer a lui aussi été interpellé et poursuivi pour offense au chef de l’État et apologie de crimes ou délits. Le parquet estimait que certains de ses propos diffusés en ligne dépassaient les limites de la liberté d’expression.
Les avocats du chroniqueur de la SEN TV ont plaidé la relaxe pure et simple, dénonçant des poursuites jugées excessives et disproportionnées. Après plusieurs mois de détention, Abdou Nguer a finalement recouvré la liberté.
Des journalistes arrêtés sur leur lieu de travail
Au-delà des chroniqueurs, des journalistes en exercice ont également été inquiétés. Babacar Fall, directeur de la rédaction de la radio privée RFM, et Maimouna Ndour Faye, directrice générale de 7TV, ont été interpellés pour avoir interviewé Madiambal Diagne, présenté par la justice comme un fugitif.
Ces arrestations sur les lieux mêmes de travail ont suscité une vive émotion dans le milieu de la presse.
Bachir Fofana condamné avec sursis
Le journaliste et chroniqueur Bachir Fofana a, pour sa part, été poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles. Il lui était reproché d’avoir affirmé publiquement que le marché d’acquisition de véhicules pour l’Assemblée nationale avait été attribué à une personne citée dans une affaire de corruption.
Jugé le 2 juillet, il a été condamné à deux mois de prison avec sursis, alors que le parquet avait requis six mois, dont trois ferme.
Quand les responsables politiques passent aussi par la case prison
Les poursuites pour déclarations médiatiques ne concernent pas uniquement les acteurs de la presse. Oumar Sow, ancien ministre-conseiller de Macky Sall, a été condamné à six mois de prison, dont un mois ferme, assortis d’une amende de 200 000 FCFA.
Il a été reconnu coupable de diffusion de fausses nouvelles après avoir affirmé, lors d’une émission, que le placement sous bracelet électronique de l’ex-ministre de la Justice Ismaïla Madior Fall avait été décidé par le parquet. Une déclaration jugée infondée et susceptible d’induire l’opinion publique en erreur, selon le tribunal.
Alioune Sow







