C’est une petite phrase, prononcée loin de Dakar, qui a rallumé la mèche. En visite au Maroc le 27 janvier dernier, Ousmane Sonko n’a pas mâché ses mots devant la diaspora sénégalaise, dénonçant les lenteurs de la refonte du système judiciaire. Le Premier ministre a, quant à lui, fustigé l’existence d’un « clergé judiciaire » qui continuerait à faire le « sale boulot ».
Une attaque frontale qui a immédiatement provoqué des réactions des syndicats de magistrats et de l’opposition, y voyant une pression inacceptable sur l’indépendance de la justice.
Deux styles, une même ambition ?
Si les deux hommes s’accordent sur la nécessité de dépolitiser la justice, leurs méthodes divergent.
Lors de la rentrée des cours et tribunaux, le 22 janvier dernier, le chef de l’État a rappelé son rôle de garant de l’indépendance des institutions. Pour lui, la réforme passe par les textes, notamment la révision du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), et non par la confrontation.
Pour Ousmane Sonko, l’urgence est ailleurs. Dès juillet 2025, il appelait publiquement le Président à « prendre ses responsabilités » ou à lui laisser les coudées franches. Il estime que sans un renouvellement des éléments de l’ancien régime encore en poste, les réformes de fond risquent d’être sabotées.
Conseil des ministres : équilibre fragile
Au dernier Conseil des ministres, le communiqué officiel est resté très institutionnel. Mais en coulisses, les discussions sur la « reddition de comptes » se poursuivent. Tandis que la Primature plaide pour l’accélération des dossiers liés à la gestion passée, la Présidence insiste sur le respect strict des procédures afin d’éviter une « justice de vainqueurs » qui pourrait inquiéter les investisseurs.
L’opposition, portée par des figures comme Abdou Mbow, dénonce une « cacophonie au sommet de l’État ». Selon elle, les sorties de Sonko affaiblissent l’autorité d’un Président qui cherche à construire sa propre stature, loin de l’ombre de son mentor.
Le point de rupture entre les deux hommes semble-il proche ? Malgré leurs divergences, ils savent que leur survie politique dépend de leur unité. L’année 2026, marquée par les premiers bilans concrets de la vision Sénégal 2050, les obligera à converger sur l’un des dossiers les plus sensibles de leur mandat : rendre la justice aux Sénégalais sans déstabiliser l’État.







