Les « fonds spéciaux », également appelés fonds politiques, sont des lignes budgétaires votées chaque année dans la Loi de finances initiale (LFI) et mises à la disposition de l’exécutif. Par leur nature, ces crédits ne sont pas soumis aux mêmes exigences de transparence que les dépenses publiques ordinaires, leurs modalités d’utilisation n’étant pas détaillées de manière exhaustive. Une spécificité qui alimente, depuis plusieurs années, critiques et soupçons.
Ousmane Sonko, pourfendeur des « caisses noires »
Parmi les voix les plus virulentes contre ce mécanisme figurait Ousmane Sonko, aujourd’hui Premier ministre, lorsqu’il était dans l’opposition. Il dénonçait alors ce qu’il qualifiait de « caisses noires » de l’État, estimant que ces fonds représentaient des montants considérables — souvent plusieurs milliards de francs CFA — placés à la discrétion du chef de l’État ou du Premier ministre, sans contrôle transparent ni règles clairement établies.
Une promesse de rupture au nom de la transparence
Pour Ousmane Sonko, confier de telles sommes à une seule autorité, sans véritable contrôle parlementaire, était inadmissible au XXIᵉ siècle. Il promettait ainsi de supprimer ces mécanismes en cas d’accession au pouvoir. Cette position s’inscrivait dans un discours plus large contre l’opacité budgétaire, les dépenses discrétionnaires et les risques de clientélisme ou de corruption politique.
Du discours d’opposant aux contraintes du pouvoir
Une fois aux responsabilités, le ton s’est nuancé. Le chef du gouvernement a indiqué que la réforme des fonds spéciaux ne pouvait être immédiate, évoquant la nécessité de délais, de textes législatifs et d’un processus de mise en œuvre progressif, plutôt qu’une suppression instantanée.
Diomaye Faye affirme n’avoir trouvé aucun fonds disponible
Parallèlement, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a déclaré, à son arrivée au pouvoir, n’avoir « rien trouvé » dans les fonds spéciaux et politiques à la Présidence. Il a affirmé que les caisses étaient vides après le départ de son prédécesseur, Macky Sall, soulignant l’écart entre l’existence théorique de ces fonds dans le budget et l’absence de ressources effectivement disponibles.
Une polémique politique aux réactions contrastées
Ces déclarations ont ravivé les controverses. Certains acteurs politiques ont réclamé des clarifications de l’ancien régime, tandis que d’autres ont mis en cause la gestion antérieure de ces fonds. En réaction, l’Alliance pour la République (APR) a rappelé que les fonds spéciaux existent bel et bien, qu’ils sont votés par l’Assemblée nationale et qu’ils font l’objet de rapports budgétaires, tout en dénonçant ce qu’elle considère comme un déficit de rigueur ou de coordination dans la communication du nouveau pouvoir.
Une opacité structurelle toujours en débat
Pour de nombreux analystes, les fonds spéciaux ont toujours bénéficié d’une large marge de discrétion dans leur gestion. Une caractéristique qui continue d’alimenter la perception d’opacité et de renforcer le débat sur la nécessité d’une réforme en profondeur de la gouvernance financière de l’État.
Alioune Sow







