De l’exil à la primature, Bah Oury a traversé les tempêtes politiques avec une constante : la volonté de bâtir une Guinée plus juste. Portrait d’un mathématicien devenu Premier ministre, entre convictions et défis.
« Je suis revenu pour servir mon pays », confiait Bah Oury en 2024, quelques jours après sa nomination à la tête du gouvernement guinéen. À 67 ans, cet homme au parcours atypique incarne une figure singulière de la politique guinéenne.
Né en mars 1958 à Pita, dans le Fouta-Djalon, il s’illustre très tôt par son excellence académique : premier au baccalauréat scientifique au Sénégal, puis enseignant de mathématiques supérieures en France. Mais derrière les équations, une conviction profonde : la Guinée doit changer.
De retour au pays en 1986, il fonde l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et co-crée l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG). « Nous voulions bâtir un État de droit », se souvient-il. Ministre de la Réconciliation nationale en 2008, il connaît l’exil en 2011 après une tentative d’attaque contre la résidence du président Alpha Condé. Condamné par contumace, il sera gracié en 2015. « J’ai payé le prix de mes convictions », dira-t-il plus tard.
En 2020, il crée l’Union des Démocrates pour la Renaissance de Guinée (UDRG). Puis, en février 2024, dans un contexte de crise sociale, le président de transition Mamadi Doumbouya lui confie les rênes du gouvernement. « Ma mission est claire : restaurer la confiance et préparer le retour à l’ordre constitutionnel », déclarait-il lors de sa prise de fonction.
Pendant deux ans, Bah Oury s’attaque à des défis majeurs : relancer une économie dépendante de la rente minière, améliorer l’accès à l’électricité, et apaiser les tensions sociales. Le 22 janvier 2026, il remet sa démission après l’investiture du président élu. « La transition est terminée, la Guinée doit désormais écrire une nouvelle page », affirme-t-il. De l’exil à la primature, Bah Oury aura traversé les tempêtes avec une constante : la volonté de bâtir une Guinée plus juste.
Un Premier ministre sous tension
Lorsque Mamadi Doumbouya nomme Bah Oury Premier ministre en février 2024, la Guinée traverse une zone de turbulences : grèves syndicales, pénuries de carburant, et une transition politique scrutée par la communauté internationale. Ce choix surprend certains observateurs, mais s’explique par la réputation de Bah Oury comme homme de dialogue et figure historique de l’opposition.
Les relations entre les deux hommes resteront marquées par une dynamique de complémentarité et de prudence. Doumbouya, chef de la junte, conserve la main sur les décisions stratégiques, tandis que Bah Oury incarne le visage civil de la transition. « Il fallait restaurer la confiance », répète-t-il, conscient que son rôle est autant technique que symbolique.
Son gouvernement s’efforce de relancer l’économie et de préparer le retour à l’ordre constitutionnel, mais les tensions sociales persistent. Certains syndicats dénoncent un manque de réformes profondes, tandis que ses partisans saluent sa capacité à éviter l’embrasement.
Des avancées… mais des zones d’ombre
Sur le papier, la stabilité politique est préservée. Aucun soulèvement majeur, une transition menée jusqu’à l’élection présidentielle de janvier 2026. Mais derrière cette façade, les critiques s’accumulent. Les syndicats dénoncent « des promesses non tenues » sur le pouvoir d’achat et la gouvernance. Les réformes économiques, jugées timides, n’ont pas permis de réduire la dépendance aux ressources minières. Quant à la transparence, elle reste un point noir : plusieurs observateurs pointent « un manque de communication sur les décisions stratégiques ».
La démission presque imposée du Premier minstre Oury Bah par le biais des pratiques républicaines marque la fin d’une mission délicate : maintenir l’équilibre entre les exigences de la transition et les aspirations démocratiques.
B.B







