L’extradition de l’ancien président de transition burkinabè Paul-Henri Sandaogo Damiba par le Togo s’inscrit à la croisée d’enjeux judiciaires, sécuritaires et diplomatiques. Voici les clés de compréhension.
Le fondement judiciaire : une demande formelle de Ouagadougou
Le point de départ est la demande officielle d’extradition adressée le 12 janvier 2026 par les autorités judiciaires burkinabè. Elle intervient après l’annonce par Ouagadougou d’un complot déjoué visant, selon les autorités, à assassiner le capitaine Ibrahim Traoré et à déstabiliser l’appareil sécuritaire du pays. Damiba est accusé d’avoir orchestré cette tentative de déstabilisation, ce qui fonde la procédure sur des chefs pénaux graves relevant de la compétence de la justice burkinabè.
Les garanties juridiques exigées par le Togo
Le Togo a conditionné l’extradition à des garanties explicites :
• respect de l’intégrité physique et de la dignité du prévenu ;
• droit à un procès équitable ;
• absence de peine de mort.
Ces garanties, mentionnées dans le communiqué officiel, s’alignent sur les instruments internationaux auxquels le Togo est partie et justifient légalement la remise du prévenu.
La logique de réciprocité et la coopération régionale
Les autorités togolaises évoquent une offre de réciprocité de la part du Burkina Faso. Dans un contexte ouest-africain marqué par des tensions sécuritaires transfrontalières, la coopération judiciaire et sécuritaire est devenue un levier central pour les États, notamment face aux accusations de complots et d’ingérences.
Un dossier sécuritaire hautement sensible
Les accusations portées contre Damiba sont d’une extrême gravité. Ouagadougou accuse l’ancien président de transition de porter un « projet de déstabilisation » qui devait combiner :
• l’assassinat ciblé du chef de l’État ;
• la neutralisation d’infrastructures stratégiques (base de drones) ;
• une intervention militaire extérieure.
Damiba est présenté comme le chef du “volet militaire” du complot, ce qui confère à l’affaire une dimension sécuritaire majeure.
Un contentieux politique ancien et persistant
Depuis la prise de pouvoir du capitaine Traoré, Damiba est régulièrement mis en cause dans des tentatives de déstabilisation. Il a été radié de l’armée fin 2024 pour « intelligence avec une puissance étrangère ou des groupes terroristes ». L’extradition répond aussi à une attente politique clairement exprimée par Ouagadougou, le capitaine Traoré ayant publiquement dit « espérer » son retour pour qu’il réponde des accusations.
Ce que révèle l’extradition
• Renforcement de la coopération judiciaire régionale face aux crises politiques.
• Volonté de Ouagadougou de judiciariser les affaires de complot pour consolider le pouvoir en place.
• Prudence diplomatique du Togo, qui s’abrite derrière le droit et les garanties internationales pour justifier sa décision.
Ce qu’il faut retenir
Paul-Henri Sandaogo Damiba a été livré au Burkina Faso parce que les autorités burkinabè ont formalisé une demande judiciaire, assortie de garanties conformes au droit international, et parce que l’affaire est considérée comme une menace majeure à la sécurité nationale. L’extradition s’inscrit autant dans une logique de droit que dans un rapport de force politique et sécuritaire régional.







