Entre volonté politique et réalités rurales, la campagne de commercialisation de l’arachide 2025-2026 cristallise les tensions. Si le Premier ministre Ousmane Sonko a multiplié les directives pour redynamiser la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (SONACOS), le spectre du médecin après la mort hante les points de collecte officiels (seccos) du Bassin arachidier, où les paysans n’excluent plus le bardage dans les rues et les villages.
Une ambition financière record
Avec un budget historique de 130 milliards FCFA alloué aux intrants contre environ 70 milliards sous l’ancien régime et un prix plancher fixé à 305 FCFA/kg, l’exécutif affichait une volonté claire: celle de protéger le pouvoir d’achat rural.
Le 5 janvier 2026, lors d’une visite à Kaolack, le chef du gouvernement a franchi une nouvelle étape en instruisant la SONACOS d’acheter 450 000 tonnes, soit presque le double des prévisions initiales. Un défi qui nécessite la mobilisation immédiate de 106 milliards FCFA.
Le paradoxe de la collecte
Pourtant malgré ces chiffres flatteurs, le sentiment de retard prédomine. Si la Sonacos a déjà atteint une collecte de 155 000 tonnes contre 121 000 sur toute l’année 2024, le rythme reste jugé trop lent par les producteurs.
Le cri du cœur paysan
Face au manque de liquidités dans les points de collecte officiels, de nombreux agriculteurs cèdent à la tentation du bradage. À côté, les intermédiaires communément appelés » coxeurs » rachètent les graines à 250 FCFA, bien en deçà du prix officiel, profitant de l’urgence des foyers ruraux.
Le 2 janvier dernier, des collectifs d’agriculteurs ont menacé de durcir le ton, dénonçant un « tourisme ministériel » et exigeant l’ouverture totale des frontières pour exporter leurs stocks vers la Chine, face à une société nationale des oléagineux qui peine à tout absorber.
L’État au pied du mur
La stratégie de souveraineté industrielle qui consiste à favoriser l’huilerie nationale au détriment de l’exportation brute se heurte cependant à la rigidité logistique. Les transporteurs dénoncent des délais de déchargement dépassant les 10 jours, tandis que les banques restent prudentes face à une dette publique du secteur encore en cours d’apurement.
Les prochaines semaines devront être édifiantes sur la question face à la capacité de l’État à injecter les 50 à 75 milliards FCFA supplémentaires promis. Ce qui laisse penser si cette campagne sera celle d’un renouveau structurel ou celle d’une énième gestion de crise par l’urgence.







