Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir le 5 septembre 2021, l’opposition guinéenne subit une répression systématique. Fait paradoxal, certains acteurs de cette opposition avaient initialement salué l’arrivée du CNRD, dirigé par Mamadi Doumbouya, après le putsch sanglant.
Rupture du dialogue : un premier pas vers l’« élimination » stratégique
Dès la deuxième année de son régime, Mamadi Doumbouya a progressivement écarté les opposants les plus influents des processus de dialogue politique, provoquant des condamnations au niveau international.
« La situation de l’opposition guinéenne est préoccupante. Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, Doumbouya avait promis de rendre le pouvoir aux civils, mais les faits montrent une répression croissante de l’opposition, avec des violations graves des droits humains et des libertés publiques », témoigne Alsény Farinta Camara, acteur de la société civile et coordinateur de TLP (Tournons La Page) Guinée.
Exil, kidnapping et menaces : la stratégie de répression de Doumbouya
Pour réduire au silence toute voix dissidente, le régime du CNRD a recours au kidnapping, aux menaces et à la répression des manifestations, selon plusieurs ONG internationales, dont Amnesty International.
« Selon l’ONG Tournons La Page, les forces de sécurité ont fait un usage excessif de la force contre des manifestants, causant la mort d’au moins 70 personnes, dont des enfants et des civils non impliqués. On observe également des pratiques de kidnapping, torture, disparitions forcées et traitements inhumains contre les voix dissidentes », précise Farinta, activiste en exil.
Sous ce régime, la Guinée devient un pays où l’opposition semble « morte » : de nombreuses figures majeures — Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Alpha Condé, Abdoul Sacko, Alsény Farinta Camara — vivent désormais en exil. D’autres sont emprisonnés, comme Aliou Bah, tandis que certains, tels que Foniké Menguè, Billo Bah et Habib Marouane Camara, ont disparu depuis plus d’un an.
« Les leaders de l’opposition civile et politique sont contraints de vivre en exil, certains arbitrairement détenus, d’autres, comme Oumar Sylla dit Foniké Menguè, ont disparu après avoir été enlevés par les forces de sécurité », rappelle Farinta.
Même les médias n’échappent pas à la répression. « Des médias très suivis ont été fermés et des journalistes arrêtés ou intimidés. La prétendue « mort » de l’opposition n’est pas totale, mais sa capacité actuelle est affaiblie par un climat de peur et de répression », conclut l’activiste.
D.S. Kamara, correspondant de LNA à Conakry






