Ouidah, capitale spirituelle du Vodun, s’est transformée en scène mondiale pour trois jours de rites et de concerts. Le Bénin revendique fièrement son patrimoine immatériel, et c’est légitime. Mais derrière les tambours et les Egungun, une question dérange : le sacré peut-il devenir un produit touristique sans perdre son âme ?
Le festival Vodun Days est une vitrine culturelle, mais aussi une machine économique. Plus d’un million de visiteurs attendus, des parkings géants, des navettes, des sponsors… et des chiffres d’affaires en hausse. Oui, l’événement dynamise l’économie locale. Mais à quel prix ? Quand les couvents deviennent des attractions et les rites des spectacles calibrés pour Instagram, on frôle la folklorisation.
Le discours officiel parle de “tolérance et ouverture”. Mais l’ouverture ne doit pas rimer avec dilution. Le Vodun n’est pas un décor exotique pour selfies. C’est une cosmologie, une mémoire, une pratique vivante. La marchandisation du sacré est une pente glissante : aujourd’hui, on vend des t-shirts Vodun, demain, des “packs expérience” avec sacrifice inclus ?
Le Bénin a raison de valoriser son identité. Mais il doit aussi poser des garde-fous : chartes éthiques, zones protégées, consentement des dignitaires, pédagogie pour les visiteurs. Sinon, Vodun Days risque de devenir ce que le carnaval est à Rio : une fête spectaculaire, mais vidée de son sens originel.
Le défi est clair : faire rayonner sans trahir. Préserver la profondeur dans l’ère du buzz. Car si le Vodun devient un produit, il perd ce qui le rend unique : sa force spirituelle. Et ça, aucun festival ne pourra le racheter.
BB







