Quatre ans après le coup d’État qui a renversé Alpha Condé, les Guinéens sont appelés aux urnes ce dimanche pour une élection présidentielle aux allures de plébiscite pour le général Mamadi Doumbouya. Entre boycott de l’opposition et climat de répression, le pays renoue avec ses vieux démons autoritaires.
Un candidat unique face à des « figurants »
Le général Mamadi Doumbouya, 41 ans, est l’incontestable favori de ce scrutin. Arrivé au pouvoir par la force en septembre 2021, il revient sur sa promesse initiale de ne pas se porter candidat. Face à lui, huit prétendants largement méconnus du grand public peinent à incarner une alternative crédible, laissant présager une victoire dès le premier tour pour le chef de la junte.
Une opposition exilée et muselée
Le paysage politique guinéen est aujourd’hui désertique. Les figures historiques, l’ex-président Alpha Condé et les anciens Premiers ministres Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo, vivent en exil et ont été officiellement exclus de la course. Depuis son lieu de retrait, Cellou Dalein Diallo a fustigé une « mascarade électorale » visant à légitimer une « confiscation du pouvoir ».
L’opposition a lancé un mot d’ordre de boycott général, dénonçant un processus biaisé. Ce climat de fermeture est corroboré par les Nations Unies, qui ont déploré vendredi une campagne électorale marquée par des actes d’intimidation récurrents contre les voix dissidentes.
Le retour de la « chape de plomb »
L’espoir d’une transition démocratique vers les civils, initialement promise pour fin 2024, semble s’être évaporé. Selon Gilles Yabi, directeur du think tank Wathi, la Guinée bascule de nouveau dans un cycle autoritaire familier depuis 1958. Le bilan de la junte s’est alourdi ces derniers mois :
Suspensions de partis politiques.
Emprisonnements arbitraires.
Disparitions inquiétantes d’opposants.
Sécurité et logistique
Dans une atmosphère électrique, les forces de sécurité ont affirmé avoir « neutralisé » un groupe armé aux « intentions subversives » dans la banlieue de Conakry samedi matin. Pour sécuriser le vote des 6,8 millions d’électeurs, un dispositif massif a été déployé autour des bureaux de vote, ouverts de 07h00 à 18h00.
La Direction générale des élections (DGE) a annoncé que les résultats provisoires devraient être communiqués sous 48 heures.
Une tendance continentale
Ce scrutin guinéen, qui coïncide avec les élections en Centrafrique, clôture une année électorale africaine marquée par une régression démocratique notable. À l’instar du Cameroun ou de la Côte d’Ivoire, la Guinée illustre cette tendance où les dirigeants en place verrouillent l’accès au pouvoir en écartant systématiquement toute concurrence sérieuse.







