À la veille du scrutin présidentiel, le Bénin affiche une croissance remarquable, portée par d’importantes réformes économiques. Pourtant, une grande partie de la population continue de subir une forte précarité, alimentant les attentes envers le prochain chef de l’État.
À Abomey-Calavi, dans la périphérie de Cotonou, Mathias Tottin surveille de grands incubateurs remplis d’œufs destinés à devenir des milliers de poussins. Son entreprise agroalimentaire prospère. Elle emploie désormais une quarantaine de salariés, une réussite qu’il attribue volontiers au climat des affaires « assaini » durant les dix années de présidence de Patrice Talon.
« Avant, les tarifs douaniers variaient selon la tête du client. Aujourd’hui, c’est fini », se félicite l’entrepreneur, convaincu que les réformes engagées ont favorisé la transparence et accéléré l’essor du secteur privé.
Même constat pour Claudia Togbe, fondatrice d’une marque de cosmétiques à Cotonou. Grâce à la digitalisation des démarches administratives, « créer son entreprise en une heure en ligne » est devenu une réalité. Sa boutique a quadruplé de taille et la naissance d’une « certaine classe moyenne », selon elle, soutient désormais ses ventes.
Un succès macroéconomique indéniable
Le Bénin affiche depuis plusieurs années des résultats enviés dans la sous‑région : une croissance supérieure à 6 %, un déficit public réduit à 3 % du PIB, 3 000 km de routes construits et des levées de fonds réussies sur les marchés financiers internationaux.
Mais une pauvreté persistante
Derrière ces chiffres, les réalités sociales demeurent contrastées. Le taux de pauvreté dépasse toujours 30 %, et le pays reste classé 173e sur 193 à l’indice de développement humain.
Dans le quartier populaire de Zongo, à Cotonou, le couturier Moucharaf Fassassi peine à joindre les deux bouts avec quatre employés rémunérés autour de 60 000 francs CFA par mois, à peine plus que le salaire minimum. « Mon souhait, c’est que le prochain président diminue le coût de la vie, notamment les taxes et l’électricité », explique‑t‑il.
L’informel, qui représente une large part de l’activité économique, reste difficile à formaliser malgré les efforts du gouvernement. Et le développement des infrastructures a parfois eu un effet pervers : les marchés traditionnels transformés en halles modernes génèrent désormais davantage de charges pour les commerçants, répercutées sur les prix.
Aliou Falilatou, étudiante à la Faculté des sciences de la santé, prépare du dégué dans de grandes marmites. Elle constate au quotidien l’impact de la vie chère : « Tout est cher ! Le gingembre, la tomate… Plus rien n’est abordable. »
Une croissance jugée encore trop peu inclusive
Le gouvernement assure en être conscient. « Notre croissance n’a de sens que si elle est inclusive », reconnaît Aristide Medenou, directeur général de l’Économie. « Le but ultime reste l’éradication de l’extrême pauvreté. »
Aristide Fadegnon, commerçant de céréales, abonde : « Toute cette croissance dont on se vante ne se ressent pas dans l’assiette du pauvre à l’heure du repas. »
Une élection dominée par les enjeux économiques
Le scrutin présidentiel de dimanche met face à face deux visions.
Le grand favori, Romuald Wadagni, ministre des Finances depuis 2016 et architecte du redressement économique, veut poursuivre les réformes. Il propose notamment un mécanisme de crédit compris entre 50 000 et 50 millions de francs CFA pour encourager la sortie de l’informel.
Son adversaire, Paul Hounkpè, mise sur le pouvoir d’achat et promet des baisses de prix sur les produits de première nécessité.
Pour sa part, Aristide Medenou insiste : « Dans une économie de marché, notre doctrine n’est pas d’administrer les prix, mais d’agir sur les fondamentaux de l’offre. » Le gouvernement affirme s’appuyer sur trois leviers : l’augmentation de la production agricole, un mécanisme de stabilisation du prix du carburant, et un pragmatisme fiscal en période de crise.
Un pays en transition, en quête d’équilibre
À l’heure où le Bénin s’apprête à tourner la page d’une décennie Talon, le prochain président héritera d’un pays en pleine mutation. Si les réformes ont modernisé l’économie et dynamisé l’entrepreneuriat, elles n’ont pas encore permis d’atténuer suffisamment les inégalités.
Entre essor économique et pression sociale, le futur dirigeant devra relever un défi majeur : faire en sorte que la croissance se traduise enfin par une amélioration tangible du quotidien des Béninois.







