Monsieur le Président,
Au regard de la situation monétaire dans laquelle se trouve notre pays, la Guinée, je me permets de m’adresser à Votre Haute Autorité pour vous apporter ma modeste contribution à la résolution de ce que le commun des guinéens qualifie de crise de liquidité.
Je voudrais, tout d’abord, vous dire que je suis un ancien Ministre du régime précédent et, pour lever toute équivoque, vous dire que c’est par patriotisme que je me fais ce devoir car, quand notre pays rencontre des difficultés nous sommes tous concernés puisque c’est nous qui subissons les conséquences.
En effet, durant ma carrière à la Banque Centrale (BCRG) De 2009 à 2018 en qualité de Conseiller Principal puis de Conseiller chargé de mission, notre pays a connu une pareille situation en 2010, mais dans une moindre ampleur par rapport à celle que nous vivons actuellement.
Durant l’année 2009, la situation monétaire de notre pays était stable car le Président Dadis, lui-même, veillait de façon rigoureuse à l’exécution des dépenses. Ce qui a même valu à la Guinée les félicitations du FMI au regard de la rigueur en matière de dépenses. Tout s’est dégradé en 2010, année au cours de laquelle le nouvel endettement de la Guinée a été l’équivalent de ce qu’il était de 1958 à 2009; c’est-à-dire, la dette de notre pays a doublé en l’espace d’une année. Les conséquences de cela furent la défiance des agents économiques (opérateurs économiques, institutions bancaires…) c’est-à-dire une crise de confiance en l’Etat et les institutions monétaires entraînant ainsi une rareté de la monnaie dans le circuit officiel. Ceci s’est donc traduit par une crise de liquidité due à la gouvernance économique, monétaire et financière peu orthodoxe des autorités monétaire et budgétaire de l’époque. Malgré les dispositions prises par la BCRG, notamment le changement des billets de 10.000 gnf, la vente d’or aux opérateurs économiques pour récupérer la liquidité, la crise n’a pu être résorbée, au contraire elle s’est amplifiée.
Les nouvelles autorités issues des élections présidentielles de fin 2010 ont rectifié le tir en promouvant une gouvernance vertueuse qui a permis à notre pays de sortir du cadre des pays pauvres très endettés (PPTE) avec pour conséquence une annulation très importante de la dette extérieure. La confiance dans la gouvernance économique ainsi recouvrée et l’émission d’un nouveau billet de 10 000 gnf actuellement en circulation ont rassuré les opérateurs économiques qui ont ramené la monnaie dans le circuit officiel. Le retrait des anciens billets de 10 000 gnf s’est fait progressivement sans pression sur les opérateurs économiques, pendant une durée de 6 mois qui a été prolongée.
L’Etat avait réduit son deficit budgétaire qu’il finançait par des bons de Trésor et des emprunts obligataires, sans toucher aux réserves obligatoires.
Aujourd’hui, on a à faire à la même situation de manière plus accentuée. L’utilisation des réserves obligatoires des banques primaires a été l’élément déclencheur de la crise de confiance envers l’Etat qui a amené les opérateurs économiques à thésauriser leurs avoirs monétaires, parce que ils ne pouvaient plus avoir accès à ceux-ci lorsqu’ils les deposaient dans les banques primaires qui, du reste, n’étaient pas liquides parce que, elles aussi, ne pouvant avoir accès à leurs avoirs à la BCRG pour satisfaire leurs clients. Surtout que ces réserves obligatoires ne sont pas encore remboursées.
Pour résoudre cette crise, chacun y va de son de son mieux en proposant parfois des solutions extrêmes qui aggraveraient le mal. Cela va du changement de signe monétaire à l’émission de billets de 50 000 gnf, voire à des solutions dangereuses pour la stabilité sociale qui abordent le problème sous l’angle ethnique.
Tout ceci, Monsieur le Président, ne contribuerait pas au renforcement et à la stabilité de monnaie, même si on changeait de signe monétaire ou injectaient de nouveaux billets ou nouvelles coupures de la monnaie actuellement en circulation. Les causes n’étant pas éliminées, on se retrouvera dans la même situation. Que faut-il donc faire ?
Ma modeste contribution pour la résolution de cette crise que je porte humblement à Votre Très Haute Attention, n’est pas une panacée, mais elle pourrait être un chemin de résolution.
Avant tout, je me dois de vous dire, avec toute la franchise qui a caractérisé ma carrière professionnelle et que j’entends conserver, que l’acteur majeur de cette crise est l’Etat. Celui-ci doit donc prendre des mesures idoines pour annihiler les effets de cette crise afin de rétablir la confiance entre lui et les agents économiques (opérateurs économiques, secteurs bancaire et monétaire).
Pour ce faire, l’Etat doit réduire drastiquement son déficit budgétaire, soit en augmentant ses recettes (sans toutefois augmenter la pression fiscale) de manière à couvrir ses dépenses ; soit en réduisant ses dépenses pour les ajuster.
Roger Patrick MILLIMOUNO, ancien ministre, ancien conseiller principal puis conseiller chargé de mission à la BCRG







