La condamnation à huit ans de prison de Saadia Mosbah, figure emblématique de la lutte contre le racisme et pour les droits des migrants en Tunisie, provoque de vives réactions au sein de la société civile et des organisations de défense des droits humains.
Le verdict a été rendu jeudi 19 mars 2026 par un tribunal tunisien. La militante de 66 ans, détenue depuis mai 2024, était poursuivie notamment pour blanchiment d’argent et enrichissement illicite. Sa défense a immédiatement annoncé son intention de faire appel.
Mais au-delà de la décision judiciaire, ce sont surtout les réactions qu’elle suscite qui retiennent l’attention. Pour son avocate, Hela Ben Salem, le jugement dépasse largement le cadre du dossier. « C’est un jugement choquant qui n’a rien à voir avec le fond de l’affaire. C’est un message clair : le travail associatif est désormais suspect », a-t-elle dénoncé.
Dans la même veine, plusieurs observateurs estiment que cette condamnation s’inscrit dans un contexte plus large de pressions croissantes sur la société civile. Selon Me Ben Salem, il s’agirait d’« une stratégie visant à affaiblir les organisations indépendantes », accusées de porter des responsabilités qui relèvent en réalité de la gestion étatique de la question migratoire.
Connue pour son engagement en faveur des migrants subsahariens, Saadia Mosbah s’était particulièrement illustrée après le discours controversé du président Kaïs Saïed en 2023, dénonçant l’immigration irrégulière et évoquant un supposé « changement démographique » du pays.
Son arrestation s’inscrit dans une série d’opérations menées par les autorités contre des acteurs associatifs impliqués dans l’aide aux migrants. Ces derniers mois, plusieurs organisations influentes ont vu leurs activités suspendues, sur fond de contrôles liés à leurs financements.
Cette affaire intervient dans un contexte de pression migratoire accrue, la Tunisie étant devenue un point de transit majeur pour les candidats à l’exil vers l’Europe. Face à cette situation, les autorités ont renforcé les mesures sécuritaires et multiplié les expulsions de migrants en situation irrégulière.
Pour de nombreuses ONG, la condamnation de Saadia Mosbah pourrait marquer un tournant, en réduisant davantage l’espace d’action des organisations humanitaires et des voix critiques dans le pays.







