L’opposant ougandais Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, a annoncé samedi avoir quitté l’Ouganda, près de deux mois après l’élection présidentielle du 15 janvier qu’il continue de qualifier de « truquée ». Agé de 44 ans, le leader du National Unity Platform (NUP) avait pris la fuite dès le lendemain du scrutin, remporté par le président sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986.
Dans une vidéo publiée sur X, il s’adresse à ses partisans : « Chers compatriotes ougandais et amis de l’Ouganda du monde entier, au moment où vous verrez cette vidéo, j’aurai quitté le pays pour des engagements importants à l’étranger. » Il n’a pas précisé le pays dans lequel il se trouve actuellement.
Accusations graves contre le régime Museveni
Bobi Wine réaffirme que l’élection présidentielle a été massivement fraudée et accuse le régime d’avoir lancé une vaste opération pour l’arrêter.
« Par honte et par manque de légitimité, Museveni et son fils me recherchent partout (…). Voilà pourquoi je me cache et pourquoi je quitte le pays pour un temps. »
Selon lui, les forces de sécurité ont dépensé « des milliards d’argent du contribuable » pour tenter de le retrouver, sans succès.
Son accusation vise aussi directement le général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée et fils du président. Ce dernier avait publié sur X — avant de retirer son message — un post appelant à la mort de Bobi Wine. Il s’était par ailleurs félicité de la mort de 30 opposants et de l’arrestation de environ 2.000 partisans au lendemain du scrutin.
Répression et climat de peur
L’opposant affirme qu’il n’a commis « aucun crime », rappelant que « se présenter à la présidence n’est pas un crime ». Il accuse le régime de mener une répression systématique contre ses partisans, évoquant une situation de violence et d’intimidation constante.
Bobi Wine n’est pas apparu en public depuis janvier, tandis que plusieurs membres de son parti ont été arrêtés ou harcelés, selon ses déclarations. Il assure qu’il reviendra en Ouganda une fois ses engagements internationaux accomplis, quitte à être arrêté :
« Je retournerai dans mon pays et laisserai le régime faire ce qu’il veut de moi au vu et au su de tous. »
Un appel aux sanctions internationales
Depuis l’étranger, Bobi Wine compte désormais mener un plaidoyer auprès de gouvernements et organisations internationales pour obtenir des sanctions contre le régime ougandais. Pendant son absence, la direction du NUP sera assurée par son adjointe Lina Zedriga.
Ce n’est pas la première fois que l’artiste devenu leader politique est pris pour cible. Lors de la campagne présidentielle de 2021, Bobi Wine avait à plusieurs reprises été arrêté, placé en détention, et avait affirmé avoir été torturé par les forces de sécurité.
Une crise politique profonde
Son départ intervient dans un contexte politique particulièrement tendu.
Le président Museveni, 81 ans, dirige le pays depuis quatre décennies, et son fils Muhoozi est régulièrement présenté comme son potentiel successeur. La contestation politique, largement portée par la jeunesse, se heurte à un appareil sécuritaire puissant et souvent accusé de brutalités.
Avec cette nouvelle fuite de l’opposant le plus populaire du pays, l’Ouganda s’enfonce un peu plus dans une crise politique marquée par les violences, la répression et un climat d’incertitude sur l’avenir démocratique du pays.







