Le gouvernement sénégalais a annoncé vouloir reprendre l’ensemble des actifs des Industries chimiques du Sénégal (ICS), l’un des principaux producteurs de phosphate d’Afrique subsaharienne, après avoir refusé de renouveler la convention minière et les titres d’exploitation accordés à l’entreprise. Les autorités affirment avoir découvert des “irrégularités majeures” ayant causé un préjudice financier massif à l’État.
Selon le Premier ministre Ousmane Sonko, les audits menés ces derniers mois indiquent que l’État sénégalais aurait perdu plus de 1 075 milliards de francs CFA (environ 1,6 milliard d’euros) au cours des années de collaboration avec l’entreprise. Les autorités évoquent notamment :
- des exonérations fiscales considérées comme irrégulières,
- le non‑paiement de taxes et redevances,
- des avantages douaniers jugés indus.
Le gouvernement affirme par ailleurs réclamer plus de 200 milliards de francs CFA à l’entreprise et avoir ordonné la suspension de ses comptes bancaires dans le pays.
Un acteur industriel stratégique au cœur de la tourmente
Les ICS jouent depuis des décennies un rôle majeur dans l’économie sénégalaise. Le groupe, spécialisé dans l’extraction et la transformation du phosphate, se présente comme le plus important producteur d’engrais phosphatés d’Afrique subsaharienne. Repris en 2014 par le groupe asiatique Indorama, il emploie plusieurs milliers de personnes dans le pays.
Sollicitée, la direction du groupe n’a pas fourni de réaction immédiate.
Une offensive inscrite dans la stratégie souverainiste de Dakar
Depuis son arrivée au pouvoir en 2024, le président Bassirou Diomaye Faye a lancé une revue exhaustive des contrats publics conclus avec des groupes étrangers, notamment dans les secteurs minier, énergétique et industriel. Cette démarche constitue l’un des piliers du programme de son parti, Pastef, fondé par Ousmane Sonko.
Selon le Premier ministre, plusieurs accords commerciaux et concessions ont déjà été renégociés, couvrant notamment :
- le phosphate,
- le ciment,
- l’atapulgite,
- le dessalement d’eau de mer,
- l’électricité,
- les infrastructures,
- et certains projets immobiliers.
Le gouvernement affirme avoir obtenu des économies substantielles, bien qu’aucun chiffre global n’ait été communiqué.
Retrait massif de titres miniers et pétroliers
Dans la foulée de cette restructuration, Dakar a annoncé la révocation :
- de 71 permis miniers, dont 14 portant sur l’or,
- de six blocs pétroliers attribués à des entreprises accusées de ne pas avoir respecté leurs engagements contractuels.
Ces autorisations seront redistribuées à des opérateurs jugés plus fiables, précisent les autorités.
Un tournant qui pourrait redéfinir les relations entre Dakar et les investisseurs étrangers
En s’attaquant à un acteur industriel aussi important que les ICS, le Sénégal envoie un signal fort sur sa volonté de reprendre la main sur ses ressources naturelles.
Mais cette stratégie comporte des risques : incertitude pour l’emploi, tensions potentielles avec les investisseurs internationaux, et impact possible sur la production d’engrais dans une région déjà confrontée à des défis agricoles et logistiques.
La décision pourrait également avoir une portée régionale, alors que plusieurs États d’Afrique de l’Ouest réévaluent leurs accords miniers dans un contexte de pression sociale et politique croissante autour de la gestion des ressources naturelles.







