En Guinée, il semblerait que les enlèvements soient devenus une sorte de service premium réservé aux familles d’opposants politiques. Un peu comme un programme de fidélité, sauf que plus personne ne veut la carte.
Mardi soir, dans une ambiance parfaitement inadaptée au calme de la prière, des messieurs habillés en treillis, très tendance cette saison, ont débarqué en pick-up, la version militaire du VTC, pour embarquer une grand-mère de 84 ans ainsi que deux autres femmes de la famille.
L’objectif ? Rappeler gentiment à son fils, un opposant en exil, que critiquer le pouvoir, ça se paie. Littéralement. En famille.
Les autorités, elles, préfèrent faire comme si personne n’avait sonné chez personne.
— Enlèvements ? Où ça ? Qui ça ? Nous ? Jamais !
Un silence tellement bruyant que même l’AFP n’arrive pas à obtenir une réponse officielle.
Et ce n’est même pas un cas isolé : enfants enlevés, parents disparus, proches embarqués, le tout dans une ambiance haute couture “cagoule et bottes montantes”. L’ONU, elle, n’apprécie pas vraiment le sens créatif du pays en matière de “disparitions forcées”, mais le gouvernement reste étonnamment discret. Trop discret. Beaucoup trop discret.
Depuis l’arrivée au pouvoir du général Doumbouya, l’opposition vit entre exil, prison et mode invisible. Manifester est interdit, parler trop fort est déconseillé, et avoir un lien familial avec quelqu’un qui pense différemment est devenu visiblement dangereux.
Les organisations civiles comptent déjà une vingtaine de disparitions. Un chiffre qui commence à ressembler à un recensement parallèle, celui des gens qui ont disparu après avoir eu le malheur d’être du mauvais arbre généalogique.







