La récente intervention du Premier ministre Ousmane Sonko et du ministre des Finances devant l’Assemblée nationale visait à rassurer sur la trajectoire de la dette publique et l’état des discussions avec le FMI. Le message officiel est clair : la consolidation budgétaire progresse, la gestion active de la dette produit des résultats et une restructuration ne serait pas nécessaire.
Mais plusieurs signaux économiques appellent à une lecture plus prudente.
Des divergences persistantes avec le FMI
Le principal point de désaccord concerne les perspectives de croissance. Alors que les autorités affichent un scénario relativement optimiste, le FMI anticipe une croissance autour de 3 % en 2026.
Une croissance plus faible implique :
des recettes fiscales moins dynamiques,
une réduction plus difficile du déficit,
une stabilisation plus fragile de la dette.
Le cadrage macroéconomique reste donc un enjeu central des négociations.
Gestion active de la dette : des avancées mais des tensions croissantes
Les autorités mettent en avant la réorganisation des expositions bancaires, l’allongement des maturités et l’usage d’instruments de rehaussement de crédit. Ces mesures ont permis de dégager un certain espace budgétaire.
Cependant, plusieurs signaux traduisent une pression persistante :
hausse progressive des taux d’intérêt, concentration de la demande sur les maturités courtes, tensions de trésorerie, illustrées par le retour anticipé sur le marché régional le 27 février pour lever 100 milliards FCFA, hors calendrier initial.
Par ailleurs, des arriérés de paiement seraient au centre de discussions diplomatiques selon Africa Intelligence, renforçant la perception de fragilité de la liquidité publique.
Une équation macroéconomique sous contrainte
La situation reste marquée par : un ralentissement attendu de la croissance, des intérêts représentant plus de 25 % des recettes fiscales en 2025, des besoins de financement élevés, des revendications sociales importantes.
Dans ce contexte, la gestion active apparaît davantage comme une solution transitoire que structurelle.
Une stratégie proche de ses limites
Le pari gouvernemental repose sur la discipline budgétaire et le financement régional pour éviter une restructuration. Toutefois, la hausse des taux, la prudence du marché et les tensions de trésorerie suggèrent que cette stratégie s’approche de ses limites.
L’enjeu majeur reste la restauration rapide de la crédibilité financière. Sans signal fort — notamment dans le cadre des discussions avec le FMI — le coût du refinancement pourrait continuer à peser sur la croissance, l’investissement et la capacité de réponse aux attentes sociales.
Pr Amath Ndiaye
FASEG-UCAD







