À Berlin, on ne perd pas le sens de l’efficacité : pendant que les trains sont en retard, les expulsions, elles, partent à l’heure. Depuis janvier, les Guinéens se voient offrir des allers simples vers Conakry plus régulièrement que les abonnés de la Deutsche Bahn ne voient arriver leurs correspondances. Les retours involontaires s’enchaînent à un rythme tel que même les « miles » du programme fidélité Lufthansa n’arrivent plus à suivre.
Selon nos sources « plusieurs dizaines » de Guinéens ont déjà été raccompagnés chez eux, suite à la petite tournée européenne d’une délégation guinéenne envoyée pour reconnaître les “fils du pays” plus vite qu’un douanier repère un fruit interdit dans un bagage.
Le 29 janvier, des ONG guinéennes ont compté 85 expulsés d’un coup, chargés comme des colis express dans un charter tout droit vers Conakry. Et comme les bonnes choses ne s’arrêtent jamais là, un autre vol est prévu pour les prochains jours.
Pendant ce temps, dans les centres de détention de Büren et Pforzheim, certains Guinéens attendent tranquillement que leur numéro soit appelé — un peu comme à la boucherie, sauf qu’ici, la viande froide, c’est l’espoir.
Un accord migratoire huilé façon huile de vidange
Le grand chef d’orchestre de cette symphonie administrative ?
Un accord signé entre Berlin et Conakry, pour « coordonner les retours ». Dans le jargon, ça s’appelle coopération bilatérale. Dans la réalité, ça ressemble à un régime minceur pour la communauté guinéenne d’Allemagne.
Grâce à ce texte taillé sur mesure, la nationalité peut être confirmée à partir de documents officiels… ou de photocopies, de témoignages, voire d’une analyse linguistique. Autrement dit : si vous dites “bonjour” avec un accent vaguement ouest-africain, vous êtes déjà à moitié dans l’avion.
Le même accord prévoit des laissez‑passer délivrés plus vite qu’on ne renouvelle une carte SIM, et des vols spécialement affrétés, presque aussi confortables qu’une cellule de police mais avec moins de visibilité sur la météo.
D’après Europa Blog, près de 5 000 Guinéens auraient déjà profité — malgré eux — de cette passerelle aérienne.
Inhumain, opaque, défaillant… et encore, c’est la version polie
La diaspora guinéenne, elle, n’a pas avalé la pilule.
« Inhumain », « opaque », « silence coupable » : quand il faut inventer de nouveaux adjectifs, elle est toujours au rendez‑vous. Les ONG, comme Guinée Solidaire Organisation e.V. et Pro Asyl, décrivent des arrestations surprises : un matin, vous prenez votre café, l’après‑midi vous êtes dans un fourgon.
Les militants, eux, dénoncent un système où les situations personnelles — maladies graves, enfants mineurs, formations en cours — sont traitées avec la subtilité d’un marteau‑piqueur sur du cristal.
Dans la rue, on manifeste. Dans les camps, on flippe.
En décembre 2025, des manifestants guinéens se sont réunis en Rhénanie-du-Nord–Westphalie, histoire de rappeler que les expulsions « arbitraires » ne passent pas comme une bratwurst à la moutarde. Résultat : quelques pancartes, beaucoup de slogans, et à peu près autant de réactions officielles que de soleil en novembre.
Aujourd’hui, un parfum de psychose flotte dans les camps de réfugiés : la police arrive parfois sans prévenir, façon livraison surprise, mais sans le côté joyeux. Les personnes interpellées sont transférées directement vers les centres de détention, où elles attendent le prochain vol, celui qu’elles n’ont jamais réservé.
Accords bilatéraux, unilatéralement digérés
Entre Berlin, qui coche méthodiquement toutes les cases de son grand tableau Excel migratoire, et Conakry, qui semble souffrir d’une surdité diplomatique très sélective, les Guinéens d’Allemagne vivent une époque formidable.
Du moins, formidable pour ceux qui aiment les charters, les convocations surprises et les accords qu’on n’a jamais votés.
Pour les autres, c’est juste une très mauvaise comédie.






