La question de l’homosexualité, qui occupe le devant de la scène de l’actualité nationale depuis quelques semaines, remet au goût du jour les nombreuses promesses non tenues du parti au pouvoir, le PASTEF. Pourtant, certaines de ces promesses avaient été faites au prix de la vie et de la liberté de plusieurs jeunes.
La promesse de criminalisation : un engagement fort… oublié ?
Le 12 mars 2022, Ousmane Sonko écrivait sur sa page Facebook : « Si je suis président, la loi criminalisant l’homosexualité sera l’une des premières que je ferai voter. »
Deux ans après leur arrivée au pouvoir, lui et son binôme Bassirou Diomaye Faye n’ont toujours pas tenu cette promesse. Et ce n’est pas tout.
La criminalisation de l’homosexualité avait convaincu de nombreux croyants de donner leur force et leur voix, persuadés que leurs valeurs seraient défendues une fois le pouvoir acquis. Mais les années passent.
Une pression populaire ravivée par l’actualité
Le régime semble aujourd’hui dos au mur face à la forte pression de l’opinion, exacerbée ces derniers jours par une actualité brûlante : l’arrestation de seize présumés homosexuels, dont des figures de l’espace public et certains porteurs du VIH, soupçonnés d’avoir volontairement transmis la maladie. Une affaire qui remet sur la table la promesse d’Ousmane Sonko de criminaliser l’homosexualité. Le débat ressurgit dans l’espace public sénégalais, alimenté par la pression de certains groupes sociaux, comme le collectif Rappel à l’ordre ou encore l’ONG islamique JAMRA.
Une nouvelle interprétation plutôt qu’un respect de la promesse
En réponse à cette promesse du leader du PASTEF, le gouvernement semble chercher une échappatoire.
Au lieu de tenir son engagement, il procède à une interprétation.
Hier (mercredi), en Conseil des ministres, « le Conseil a examiné et adopté le projet de loi modifiant la loi n°65-60 du 21 juillet 1965 portant Code pénal : modification de l’article 319 avec précision de la définition des actes contre nature, durcissement des peines et intégration de l’apologie et du financement de ces types d’actes dans les sanctions », lit-on dans la communication du Conseil des ministres de ce mercredi 19 février 2025.
Une interprétation, comme ce fut le cas pour la loi d’amnistie, rejetée par le PASTEF à l’Assemblée nationale par la voix de son leader, sous les acclamations de son camp.
Le PASTEF avait promis d’abroger la loi d’amnistie ; il a fini par l’interpréter.
Une accumulation de promesses non tenues
Et les promesses non tenues s’accumulent : suppression des caisses noires, respect et versement à temps des bourses des étudiants, déclarations de patrimoine, appels d’offres pour les directions, promesses sur l’emploi des jeunes, transparence dans la gestion des affaires publiques, réduction du train de vie de l’État, suppression ou fusion de certaines agences… La liste est loin d’être exhaustive.
Ces engagements non respectés suscitent le désespoir d’une partie de l’électorat, qui commence à ressentir le poids d’une déception profonde, vécue par beaucoup comme une trahison.
Entre déception et sentiment de trahison
Le livre Solutions d’Ousmane Sonko avait séduit. Des étudiants, des jeunes, des citoyens s’étaient battus, parfois au prix de leur liberté, portés par la force des mots et l’espoir du changement. Les jeunes notamment n’avaient pas voté seulement pour un pouvoir : ils avaient voté pour des transformations structurelles.
Mais aujourd’hui, les promesses du PASTEF, hier moteur de mobilisation et d’espoir, semblent se dresser comme une opposition silencieuse au régime qu’il dirige.
Mamadou Dieng







