La campagne de commercialisation de l’arachide au Sénégal se heurte à une impasse. Dans le bassin arachidier, les producteurs font face à un blocage du marché : les huiliers manquent de financements, les exportateurs se retirent et la SONACOS ne peut absorber à elle seule les volumes annoncés. Résultat : des milliers de tonnes de graines s’accumulent et commencent à se détériorer.
Une promesse d’achat difficile à tenir
Selon Cheikh Tidiane Cissé, président des agriculteurs du bassin arachidier, les engagements pris au début de la campagne n’ont pas été respectés.
Le Premier ministre Ousmane Sonko avait instruit la SONACOS d’augmenter son quota d’achat à 450 000 tonnes, contre 250 000 tonnes initialement prévues. Mais dans les faits, l’entreprise publique ne parvient pas à mobiliser les moyens nécessaires pour atteindre cet objectif.
Les autres huiliers, censés accompagner l’effort, sont absents du marché, en raison d’un déficit de financement. Seule l’entreprise Copéol aurait bénéficié d’un milliard de FCFA sur les deux milliards annoncés, avant de suspendre ses achats une fois l’enveloppe épuisée.
Exportateurs découragés par la fiscalité
Autre maillon essentiel de la chaîne, les exportateurs ne se sont pas non plus positionnés. Ils dénoncent notamment une taxe de 40 FCFA par kilo et un prix d’achat jugé trop élevé par rapport au marché international.
D’après Cheikh Tidiane Cissé, même après la suppression de cette taxe, les exportateurs estimaient ne pas pouvoir supporter l’ensemble des charges liées à l’exportation. « Dès le départ, il y avait du bluff », affirme-t-il, pointant une gestion jugée maladroite.
Des graines qui se détériorent
Dans les zones rurales, les conséquences sont déjà visibles. Les stocks s’accumulent chez les producteurs, exposés à la chaleur. Une partie des graines commence à se gâter, entraînant des pertes financières importantes pour les paysans.
« Les huiliers ne sont pas venus faute d’argent, les exportateurs non plus. Il ne reste que la SONACOS, qui ne peut pas tout acheter », résume le président des agriculteurs.
La Gambie, une solution limitée
Face à la paralysie du marché, certains producteurs se sont tournés vers la Gambie, notamment à la frontière de Kolda, pour écouler leurs stocks. Mais cette alternative reste marginale : la capacité d’absorption gambienne est limitée et les achats ont rapidement ralenti.
Une inquiétude pour la prochaine campagne
À cette crise s’ajoute l’arrêt de l’usine d’engrais de Mbao pour des raisons de sécurité. Une situation qui fait craindre des difficultés supplémentaires pour la prochaine campagne hivernale.
Pour les producteurs du bassin arachidier, l’urgence est désormais double : écouler les stocks actuels et sécuriser les conditions de la prochaine saison agricole.
Alioune Sow







