Dans un entretien diffusé le 13 février sur la chaîne nationale RTN, le président nigérien Abdourahamane Tiani a surpris en ouvrant la voie à une restitution partielle de l’uranium extrait par Orano avant la nationalisation de la mine de Somaïr en juin 2025. Une concession limitée, mais symbolique, dans un bras de fer qui empoisonne depuis des mois les relations entre Niger et France.
Un geste calculé… et strictement encadré
Le litige porte sur 156 231 tonnes d’uranium extraites avant la prise de contrôle de la mine par le CNSP.
Selon Tiani, 63,4 % de ce stock reviennent à Orano — une proportion qui correspond à l’ancienne participation française dans la Somaïr. Le reste, soit 36,6 %, appartient à la société publique Sopamin.
« La France a ses 63,4 %. S’ils veulent qu’on leur envoie ça, nous paierons le transport », a déclaré le chef de l’État.
Mais la porte se referme aussitôt :
tout ce qui a été produit après la nationalisation est “nigérien et restera nigérien”, insiste-t-il.
Niamey affirme que dès le retrait du personnel français et l’arrêt des investissements d’Orano, l’État et la Sopamin ont dû injecter plus de 24 milliards de FCFA pour maintenir la production.
Un conflit qui se joue aussi devant les tribunaux
Cette détente diplomatique intervient alors que le dossier s’envenime sur le plan judiciaire.
Côté français,
• une plainte devant le CIRDI,
• et une enquête ouverte à Paris pour vol en bande organisée au profit d’une puissance étrangère.
Côté nigérien :
Niamey prépare une plainte contre Orano, invoquant notamment des préjudices environnementaux hérités de plusieurs décennies d’exploitation.
Une recomposition stratégique des ressources
Depuis le coup d’État de 2023, les autorités nigériennes renforcent leur contrôle sur les secteurs stratégiques.
La nationalisation de la Somaïr en 2025 n’est qu’une étape : Niamey renégocie aussi son contrat pétrolier avec la China National Petroleum Corporation, un accord jugé « totalement défavorable au Niger », selon Tiani, cité par Bloomberg.
En filigrane, le message du président est clair : le Niger entend reprendre la main sur ses ressources, sans totalement fermer la porte à un règlement diplomatique des contentieux hérités du passé.







