Alors que Donald Trump annonce des coupes drastiques dans l’aide internationale américaine, une étude publiée dans The Lancet révèle l’ampleur du désastre à venir : 22,6 millions de morts d’ici 2030 si les principales puissances occidentales poursuivent leur désengagement. La France, avec une baisse de 40 % en deux ans de son aide publique au développement, participe activement à ce renoncement lourd de conséquences.
22,6 millions de morts dont 5,4 millions d’enfants de moins de cinq ans : telle est la projection de l’impact des coupes conjuguées dans l’aide au développement des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France d’ici 2030 selon une nouvelle étude publiée dans The Lancet.
Ce grand revirement, motivé par des choix idéologiques pour les uns et par une redéfinition des priorités dictée par les contextes géopolitiques, sécuritaires et économiques pour les autres, relève d’une vision à court terme aux conséquences multiples et durables.
Si gouverner c’est prévoir, on peut s’interroger sur cet aveuglement collectif, et notamment celui de la France qui a décidé pour la cinquième fois consécutive de sabrer la mission aide publique au développement dans la loi de finances 2026 : -803 millions d’euros, soit -40 % en deux ans… contre -6 % en moyenne pour les autres lignes budgétaires.
Ce retrait acte un renoncement à la promesse de l’Agenda 2030 et aura mécaniquement des conséquences en chaîne. Car l’inaction a un coût : reprise annoncée de la pandémie de sida, aggravation des impacts du dérèglement climatique, et interruption de trente années de progrès dans la réduction de la mortalité des enfants de moins de cinq ans, avec environ 200 000 décès supplémentaires pour la seule année 2025.
Au-delà de ces conséquences humaines immédiates, ce désengagement – ni solidaire ni durable – constitue un pari particulièrement risqué dans un contexte où le monde fait face à une probabilité élevée d’une nouvelle pandémie, où de nombreux pays africains réévaluent leurs partenariats internationaux, et où les co-bénéfices de la coopération internationale contribuent directement à l’emploi, à l’influence et au rayonnement de la France et de l’Europe à l’échelle mondiale.
En sacrifiant le financement du développement et de la solidarité internationale, nous n’économisons pas : nous hypothéquons notre sécurité, notre crédibilité et notre avenir. Le renoncement d’aujourd’hui sera le coût politique, humain et climatique de demain.
Fabrice Ferrier
Fabrice Ferrier est directeur exécutif de Focus 2030, association de plaidoyer qui œuvre pour une mobilisation citoyenne en faveur des Objectifs de développement durable (ODD) et de la solidarité internationale. Expert reconnu des politiques de développement, il analyse et documente l’évolution de l’aide publique au développement des pays du Nord et son impact sur les populations les plus vulnérables.







