Dans un contexte marqué par des crises, des coups d’État et des élections contestées sur le continent, le 39ᵉ sommet de l’Union africaine, qui s’ouvre ce week-end à Addis-Abeba, s’annonce décisif. Les chefs d’État sont attendus sur plusieurs dossiers, notamment les massacres en RDC et au Soudan. Mais certains observateurs n’espèrent aucune solution issue de ce sommet.
Depuis 2020, dix putschs ont été recensés en Afrique, dont deux au cours des derniers mois, à Madagascar et en Guinée-Bissau. Un coup d’État a également été déjoué en décembre au Bénin.
La crise dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), le retour des violences au Soudan — en proie à une guerre civile depuis près de trois ans et où l’ONU s’alarme de la « pire crise humanitaire du monde » — devraient être au cœur des discussions du 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA).
Madagascar et la Guinée-Bissau ont été suspendus par l’organisation continentale.
Les dirigeants africains aborderont aussi la question de l’accès à l’eau, sur un continent où se trouvent « la moitié des personnes qui boivent une eau provenant de sources non protégées », selon l’ONU.
Cependant, aucune perspective de résolution durable de ces conflits ne semble émerger. « À l’heure où l’Union africaine est plus que jamais nécessaire, elle est sans doute la plus faible depuis le début du siècle », souligne l’International Crisis Group (ICG) dans un rapport. « Rien ne laisse présager que l’institution soit à la hauteur de la tâche », poursuit l’ONG.
Cette situation est nourrie par les défaillances démocratiques de nombreux États membres.
En effet, trois des chefs d’État en fonction depuis le plus longtemps dans le monde, hors monarchies, sont africains : Teodoro Obiang Nguema dirige la Guinée équatoriale depuis 1979, Paul Biya est au pouvoir au Cameroun depuis 1982, et Yoweri Museveni dirige l’Ouganda depuis 1986. De nombreux autres présidents africains s’accrochent également au pouvoir depuis des décennies.
L’UA a aussi été critiquée pour avoir félicité certains chefs d’État réélus malgré des accusations de fraudes et d’intimidations de l’opposition formulées par ses propres observateurs, comme en Tanzanie ou en Ouganda.
Le Gabon et la Guinée, suspendus à la suite de putschs, ont été réintégrés au sein des instances de l’UA après avoir organisé des scrutins présidentiels, en contradiction avec la Charte africaine sur les élections, la démocratie et la gouvernance, qui stipule que les « auteurs de changements anticonstitutionnels de gouvernement ne peuvent pas participer aux élections organisées pour la restitution de l’ordre démocratique ».
Pour rappel, le président gabonais Brice Oligui Nguema et son homologue guinéen Mamadi Doumbouya étaient à l’origine des coups d’État dans leurs pays respectifs.
À noter également que ce 39ᵉ sommet est le premier pour le président de la Commission, le Djiboutien Mahamoud Ali Youssouf, élu il y a un an.
Le président burundais Évariste Ndayishimiye, à la tête d’un pouvoir qualifié d’autocratique par ses opposants, prendra également ce week-end la présidence tournante de l’UA — un rôle honorifique — succédant ainsi au chef de l’État angolais João Lourenço.
Mamadou Dieng






