Les révélations publiées mercredi par le journal Libération ont ravivé le débat autour de la protection des enfants des rues au Sénégal, en particulier les talibés. Le quotidien rapporte qu’entre 2015 et 2025, un individu présenté comme « Pierre Robert » aurait coordonné un réseau de « formateurs sexuels », tous porteurs du VIH, ciblant des enfants vivant dans la rue, issus de milieux très défavorisés ou élèves de daaras. Une enquête aux allures de scandale sanitaire et social qui met en lumière les failles d’un système dénoncé depuis des années.
Selon les organisations de défense des droits humains, entre 30 000 et 100 000 enfants vivraient quotidiennement dans les rues de Dakar. La majorité d’entre eux sont des talibés livrés à eux-mêmes, une estimation jugée encore faible par plusieurs spécialistes.
Si l’ampleur décrite par Libération est inédite par son organisation, les faits rapportés ne sont pas nouveaux. Dès 2015, L’Observateur publiait un dossier détaillé sur l’exploitation sexuelle de talibés, illustré par plusieurs témoignages d’enfants confrontés à des agresseurs. D’autres médias ont, au fil des années, documenté des affaires similaires impliquant aussi bien des délinquants isolés que des individus étrangers ou même certains maîtres coraniques.
Les cas rapportés entre 2011 et 2025 montrent un schéma constant : des enfants en situation de fuite, de négligence ou de maltraitance se retrouvent exposés à des prédateurs profitant de leur extrême vulnérabilité. À plusieurs reprises, des agresseurs ont attiré des talibés sous de faux prétextes, parfois à l’aide de nourriture, avant de commettre des violences.
Malgré diverses annonces gouvernementales portant sur le retrait des enfants de la rue, les mesures adoptées n’ont jamais produit les résultats attendus, faute de suivi et d’application rigoureuse. Les spécialistes estiment que l’absence de mise en œuvre des lois interdisant la mendicité forcée contribue à maintenir les enfants dans un cycle de danger permanent.
Pour les acteurs de la protection de l’enfance, la nouvelle affaire révélée cette semaine illustre une réalité persistante : tant que les dispositifs de prévention, de contrôle et d’hébergement ne seront pas appliqués de manière stricte et durable, les talibés resteront exposés à des réseaux criminels ou à des prédateurs isolés.







