Le débat sur la criminalisation de l’homosexualité refait surface au Sénégal après l’arrestation de 12 personnes suspectées d’être homosexuelles, dont l’animateur Pape Cheikh Diallo et le chanteur Djiby Dramé. Ces interpellations, effectuées vendredi dernier par la Brigade de recherches de la gendarmerie de Keur Massar, dans la banlieue dakaroise, mettent en lumière la question toujours sensible des droits des personnes LGBTQ+ dans le pays.
Les deux célébrités arrêtées sont également porteuses du VIH/Sida, une information qui a amplifié l’attention médiatique autour de cette affaire.
Le rôle du Parlement
Cette nouvelle affaire relance la pression sur les députés sénégalais. La majorité parlementaire du Pastef, alors dans l’opposition, avait fait campagne sur la promesse de durcir la législation sur l’homosexualité, une mesure qui avait séduit une partie de l’électorat. Depuis son arrivée au pouvoir, cependant, l’Assemblée nationale semble hésitante à concrétiser cette promesse.
En mai 2025, Amadou Moustapha Ndiekk Sarré, alors ministre porte-parole du gouvernement, avait indiqué que des discussions avaient eu lieu entre les députés Pastef et le collectif religieux et conservateur « And Saam Jikko yi », porteur d’un projet de loi visant à criminaliser davantage l’homosexualité. Selon lui, la prochaine étape était la rédaction du texte et son adoption par l’Hémicycle. Mais aucun progrès notable n’a été enregistré jusqu’à présent.
Une proposition de loi controversée
Le 24 juin 2024, un député avait déposé une proposition de loi visant à renforcer la législation existante. En théorie, l’initiative bénéficie d’un large soutien populaire et politique, y compris celui du Premier ministre Ousmane Sonko, qui avait promis dès 2022 de faire voter cette loi en priorité. Mais en pratique, l’adoption de cette mesure demeure complexe, notamment en raison de ses possibles répercussions diplomatiques pour le Sénégal.
Le cadre légal actuel
Actuellement, l’article 319.3 du Code pénal sénégalais sanctionne tout « acte contre nature avec un individu de son sexe » d’une peine de un à cinq ans de prison et d’une amende comprise entre 100 000 et 1 500 000 francs CFA (soit environ 150 à 2 200 euros).
L’affaire Pape Cheikh Diallo relance donc un débat national sensible, à la croisée des questions de droits humains, de politique et de diplomatie internationale.







