Cheikh Anta Diop, égyptologue sénégalais de renommée mondiale, a consacré sa vie à démontrer l’apport de l’Afrique noire à la culture et à la civilisation universelle. Malgré ses multiples ouvrages et conférences, son œuvre monumentale reste encore largement ignorée dans son propre pays.
Adossé à sa culture wolof, Diop ressentait très tôt un « vide culturel » qui le poussa à étudier l’histoire qu’on ne lui enseignait pas, rejetant la version scolaire qu’il jugeait « falsifiée », où les Noirs étaient toujours dominés et les Blancs dominants. Issu d’une famille d’érudits, il excella dans les études, obtenant son baccalauréat en mathématiques et philosophie à Saint-Louis et Dakar avant de poursuivre ses études supérieures à Paris.
Dans ses travaux, il a notamment publié Nations nègres et culture (1955) et Civilisation ou Barbarie (1981), démontrant la contribution de l’Afrique noire à l’histoire mondiale. De retour au Sénégal en 1960, il crée en 1961 le laboratoire de datation par le carbone 14 à l’IFAN, sous la direction de Théodore Monod, et poursuit ses recherches en égyptologie, archéologie et linguistique. Il collabore avec l’UNESCO sur L’Histoire générale de l’Afrique et parcourt le monde de colloques en conférences, affirmant sa réputation de savant transnational.
Engagé politiquement, il fonde le Rassemblement national démocratique (RND) en 1977, défendant le multipartisme au Sénégal, ce qui lui vaudra emprisonnement et confiscation de son passeport. Né le 29 décembre 1923 à Thieytou, il s’éteint le 7 février 1986 à Dakar.
Malgré son rayonnement international, son œuvre demeure sous-estimée au Sénégal. Des intellectuels déplorent que, contrairement à Victor Hugo, peu connaissent Diop et ses travaux, alors qu’ils sont essentiels à la conscientisation et à la décolonisation des esprits dès le plus jeune âge.
Conscient de cette lacune, l’État a récemment annoncé un plan de valorisation de Thieytou et de vulgarisation de son œuvre dans les programmes scolaires et universitaires. Selon le communiqué du Conseil des ministres, Cheikh Anta Diop reste « un universitaire de renom, illustre patriote et panafricain, dont les travaux ont fortement contribué à l’éveil des consciences ».
Mamadou Dieng







