« Amadou et Mariam » est un maillage d’amour et de passion dans la nuit noire.
La cécité n’a jamais empêché ce duo de porter la musique malienne sur la scène mondiale, faisant d’eux l’un des couples de musiciens les plus écoutés en Afrique de l’Ouest et en Europe dès les années 1990.
Au Mali, un jeune homme du nom d’Amadou Bagayoko traverse une épreuve majeure dans les années 1970 : il perd la vue à 16 ans. Mais loin de le briser, cette épreuve révèle en lui le virus de la musique. Il se lance alors dans la guitare aux côtés d’Idrissa Soumaoro, dans le groupe « Les Ambassadeurs » du Motel de Bamako.
En 1975, à l’Institut des Jeunes Aveugles, il rencontre Mariam Doumbouya, devenue aveugle à 5 ans à cause d’une rougeole mal soignée. Mariam chante dans les mariages depuis l’âge de six ans. Leur destin se croise, et Mariam deviendra son épouse cinq ans plus tard. Ils jouent d’abord ensemble dans le groupe « Éclipse Orchestra », lançant ainsi leur carrière artistique.
Le prénom d’Amadou seul ne disait pas grand-chose, mais « Amadou et Mariam »… oui. Leur vie sociale et professionnelle était intimement liée.
Une carrière rythmée de succès
Le duo marque le monde par sa musique alliant traditions maliennes, guitare, rock, harmonica et harmonies vocales, portée par l’amour, la passion, le travail et la persévérance. Les fruits de leur collaboration se font vite sentir : en 1982, ils remportent le prestigieux concours « Découvertes RFI », marquant un tournant décisif. En 1985, ils effectuent une tournée de trois mois au Burkina Faso.
Une discographie riche
Le couple se lance dans un important chantier de production d’albums. D’abord « Sou Ni Tile » (1998), qui contient le célèbre titre « Je pense à toi ». En 2004, toujours prêts à expérimenter de nouvelles voix, Amadou et Mariam font produire « Dimanche à Bamako » par Manu Chao, qui insuffle une énergie très personnelle à leur style unique. L’album se vend à 500 000 exemplaires.
En 2008, ils sortent « Welcome to Mali », fruit de nombreuses collaborations avec des artistes rencontrés lors de leur périple mondial de près de trois ans. Cet album remporte la Victoire de la musique du meilleur album world de l’année.
Les portes de l’international s’ouvrent
Leur longue carrière leur permet de collaborer avec de nombreux artistes internationaux et de participer à d’innombrables événements. Ils assurent les premières parties de Coldplay aux États-Unis à l’été 2010, puis de U2 en Afrique du Sud, où ils jouent devant plus de 100 000 personnes. Ils chantent lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde 2010, l’un des événements les plus médiatisés au monde.
En 2023, lors de la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques d’été de Paris, ils reprennent « Je suis venu te dire que je m’en vais » de Serge Gainsbourg, offrant une prestation saluée par des millions de spectateurs.
Le duo compte une quinzaine d’œuvres, trois nominations aux Grammy Awards et le prix de l’album de l’année aux BBC Radio 3 Awards for World Music (catégorie Afrique) pour « Dimanche à Bamako ».
Amadou, absent mais présent
Aujourd’hui, la belle voix d’Amadou, accompagnée de sa guitare mélodieuse, ne résonnera plus aux côtés de sa tendre épouse Mariam Doumbouya. La mort frappe le duo le 4 avril 2025 : Amadou s’éteint à Bamako, mettant fin à plus de 50 ans de vie commune et de compagnonnage sur scène.
Un événement douloureux jette une ombre sur ce duo inséparable, mais Mariam fait preuve de résilience, à l’image du couple après chaque épreuve. Leur fils musicien, Sam, tente de combler le vide laissé par son père. Après 70 ans de vie, Amadou laisse un immense héritage musical et émotionnel, qui continuera d’inspirer les générations à venir.
Sur le plateau de l’émission INVITÉ de TV5 Monde, Mariam explique que la flamme n’a jamais cessé de brûler entre eux : « Amadou et moi, on s’aime à la folie, même s’il n’est plus là. Je sens sa présence sur scène malgré celle de notre fils », confie-t-elle, soulignant que la communication a toujours été la clé de leur union.
Le 24 janvier dernier à Paris, Mariam Doumbouya a été acclamée lors de la première mondiale du documentaire Amadou et Mariam : Sons du Mali au Fipadoc, le plus grand festival du documentaire en France. À Biarritz, le film intime et intense réalisé par Ryan Marley raconte la saga du couple mythique, « une histoire d’amour qui a rendu possible cette musique unique ».
Mamadou Dieng




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