Seif al-Islam Kadhafi, fils le plus en vue de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, est décédé ce mardi, selon des annonces de ses proches. Sa mort met un terme à un parcours politique aussi controversé que symbolique, étroitement lié aux déchirements de la Libye contemporaine.
Il aura été, tour à tour, l’espoir d’une Libye réconciliée avec l’Occident, le visage dur de la répression et, enfin, une figure fantomatique d’un régime disparu. Longtemps présenté comme le successeur naturel de son père, Seif al-Islam s’était forgé, dans les années 2000, une image de réformateur moderne.
Diplômé de prestigieuses universités occidentales, à l’aise dans les capitales européennes, il servait de trait d’union entre Tripoli et les chancelleries étrangères. Il incarnait alors la volonté de normalisation diplomatique d’un régime longtemps isolé, multipliant les discours sur les réformes politiques et économiques.
Cette image s’effondre brutalement avec le soulèvement populaire de 2011. Face à la contestation, Seif al-Islam choisit le camp du pouvoir. Ses prises de parole virulentes contre les manifestants marquent une rupture définitive avec son passé de réformateur et le placent parmi les figures centrales de la répression du régime Kadhafi.
Après la chute de Tripoli, il est capturé par une milice locale et disparaît progressivement de la scène publique. Condamné à mort par contumace par la justice libyenne et recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, il devient un homme traqué dans un pays fragmenté par les luttes de pouvoir.
À partir de 2017, son retour intermittent dans l’actualité politique ravive les tensions. Sa tentative de retour sur la scène politique, notamment à travers une candidature controversée à l’élection présidentielle, divise profondément l’opinion. Pour ses partisans, il incarne l’héritage de l’ancien État et une promesse de stabilité ; pour ses détracteurs, il demeure le symbole d’un régime autoritaire et violent.
Avec sa disparition annoncée aujourd’hui, Seif al-Islam Kadhafi laisse derrière lui une image profondément clivante, prisonnière d’un nom et d’un héritage lourds. Son itinéraire, entre pouvoir, chute et marginalisation, reflète les fractures durables d’une Libye toujours en quête d’unité et de justice.
Alioune Sow






