À seulement 38 ans, Ibrahim Traoré concentre entre ses mains tous les pouvoirs au Burkina Faso. Pour certains, il est un capitaine courageux, symbole de rupture et de souveraineté nationale. Pour d’autres, un roi sans couronne, gouvernant par ordonnances. Et pour ses opposants, un tyran en devenir, prêt à sacrifier la démocratie sur l’autel de la sécurité et de la « révolution ».
Dissolution des partis : un tournant politique majeur
Jeudi dernier, les autorités de transition ont annoncé la dissolution de l’ensemble des partis et formations politiques, décision entérinée en Conseil des ministres avec l’adoption d’un projet de loi abrogeant leur base légale. Le gouvernement justifie cette mesure par la nécessité de réformer le mode de gouvernance dans un contexte de transition militaire prolongée.
Un pouvoir issu des coups d’État
Ibrahim Traoré est arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire en septembre 2022, renversant le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, lui-même arrivé au pouvoir après avoir destitué un gouvernement civil élu en 2020.
Cette succession de putschs a interrompu le processus démocratique et prive le régime actuel de toute légitimité électorale directe.
Élections reportées et transition prolongée
À son arrivée, le capitaine Traoré avait annoncé un calendrier de transition avec des élections prévues pour juillet 2024. Ce calendrier n’a pas été respecté.
À l’issue de consultations controversées et peu inclusives, la junte a décidé de prolonger la transition jusqu’en 2029 au minimum. Parallèlement, la Commission électorale nationale indépendante (CÉNI) a été dissoute et ses missions transférées à l’administration, remettant en cause la neutralité et la crédibilité de tout futur processus électoral.
Libertés publiques sous forte restriction
L’espace de liberté d’expression s’est considérablement réduit. Les voix dissidentes, médias indépendants et critiques du régime sont régulièrement censurés, intimidés ou marginalisés.
Les autorités invoquent fréquemment la lutte contre « l’impérialisme » ou contre les « ennemis de la nation » pour justifier ces mesures répressives.
Une démocratie suspendue
Ibrahim Traoré a affirmé à plusieurs reprises que le Burkina Faso n’est pas engagé dans une démocratie, mais dans une « révolution progressiste populaire ». Cette orientation implique de subordonner les libertés politiques à des objectifs considérés comme prioritaires : souveraineté nationale, sécurité et refondation de l’État.
Entre souverainisme et dérive autoritaire
Pour ses partisans, Traoré incarne un leader souverainiste et anti-impérialiste, cherchant à réorienter les alliances diplomatiques du Burkina Faso hors de l’influence occidentale.
À l’inverse, des observateurs internationaux et organisations de défense des droits humains estiment que ces pratiques affaiblissent durablement les institutions démocratiques et concentrent le pouvoir entre les mains de l’exécutif militaire.
Du parcours militaire à la présidence
Né le 14 mars 1988 à Kéra, dans la commune de Bondokuy, Ibrahim Traoré poursuit des études scientifiques à l’Université de Ouagadougou et obtient une maîtrise en géologie en 2010.Il intègre ensuite l’Académie militaire Georges Namoano de Pô, dont il sort vice-major de promotion avec le grade de sous-lieutenant.
Promu successivement second lieutenant en 2012, lieutenant en 2014, puis capitaine en 2020, il devient en mars 2022 chef de corps du régiment d’artillerie de Kaya. Son engagement sur le front contre les groupes jihadistes lui vaut une notoriété croissante parmi les jeunes officiers.
Le 30 septembre 2022, Traoré renverse Damiba et prend la tête du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR). Le 6 octobre 2022, il est officiellement investi président de la transition, devenant chef de l’État et chef suprême des forces armées.







