Depuis son accession à la Primature en avril 2024, Ousmane Sonko inscrit son action gouvernementale dans une logique de rupture assumée avec l’ordre politique hérité. Au cœur de son discours : la dénonciation d’un « État en ruine » et l’existence d’un « État profond » accusé de freiner les réformes et de saboter la volonté populaire. Mais en mobilisant ce concept depuis la tête de l’exécutif, le chef du gouvernement ouvre un débat majeur : s’agit-il d’un combat nécessaire contre des résistances systémiques ou d’une stratégie politique à haut risque pour l’équilibre institutionnel du Sénégal ?
Une notion floue au cœur du débat public
L’« État profond » ou deep state désigne l’idée d’un pouvoir informel opérant au sein de l’appareil étatique pour préserver des intérêts établis. Si ce concept est largement mobilisé dans le débat politique, il reste difficile à démontrer juridiquement. Dans la plupart des démocraties, les blocages relèvent davantage d’inerties administratives, de corporatismes ou de résistances au changement que d’un complot structuré.
De la rupture politique à la responsabilité gouvernementale
Depuis sa nomination comme Premier ministre en avril 2024, Ousmane Sonko assume un discours de rupture radicale avec l’ordre hérité. Toutefois, lorsqu’il évoque publiquement des « combines » ou un « clergé de magistrats », il ne parle plus en opposant, mais en chef du gouvernement. Cette posture engage la crédibilité de l’État et appelle soit des preuves suivies d’actions institutionnelles, soit une clarification du registre politique employé.
Résistances réelles ou stratégie de justification ?
Toute politique de transformation profonde suscite des résistances, notamment lorsqu’elle touche à des contrats stratégiques ou à la gestion du patrimoine public. Mais l’invocation répétée de l’« État profond » peut aussi servir de levier politique pour expliquer lenteurs, contraintes budgétaires ou difficultés de gouvernance, en déplaçant la responsabilité vers un adversaire invisible.
Une hydre institutionnelle face à l’exécutif
Présenté comme une hydre aux multiples têtes, l’« État profond » devient un ennemi permanent, sans visage ni fin identifiable. Or, fragiliser la confiance dans les institutions au nom de leur réforme comporte un risque majeur : installer une défiance durable et une polarisation politique nuisible à la stabilité démocratique.
Quelle issue pour Ousmane Sonko ?
Le véritable défi pour Ousmane Sonko n’est pas de dénoncer l’« État profond », mais de démontrer par l’action que la rupture promise peut produire des résultats concrets sans affaiblir l’État. À défaut, ce combat pourrait apparaître moins comme une nécessité historique que comme le symptôme des limites de l’exercice du pouvoir.







