Derrière les sourires et l’hospitalité légendaire de la Teranga, un mal discret mais profond progresse dans l’ombre. Au Sénégal, la dépression demeure une pathologie largement méconnue et marginalisée, coincée entre croyances mystiques et jugement social. Pourtant, depuis quelque temps, des voix influentes osent briser le silence.
Le poids du Soutoura face à un mal invisible
Au Sénégal, le Soutoura — cette valeur culturelle de discrétion et de pudeur — est profondément ancrée dans les mentalités. Mais lorsqu’il s’agit de santé mentale, cette vertu se transforme en fardeau. Souffrir en silence devient la norme, et celui qui exprime sa détresse est souvent perçu comme faible, manquant de foi ou trop centré sur lui-même.
Quand des icônes osent briser le tabou
Pour déconstruire ces préjugés, le rôle des leaders d’opinion s’avère déterminant. L’actrice Halima Gadji, star de la série Maîtresse d’un homme marié, a marqué les esprits en révélant publiquement souffrir de troubles bipolaires et d’épisodes dépressifs. En mettant un visage sur la souffrance psychique, elle a démontré que succès, beauté et vulnérabilité peuvent coexister.
Dans la même dynamique, l’animateur vedette Pape Cheikh Diallo a surpris le public en évoquant, sans détour, ses moments de fragilité. En parlant de sa propre détresse, il a contribué à déconstruire l’idée selon laquelle la dépression serait réservée aux marges de la société. Des témoignages forts, qui rappellent la fragilité de l’être humain dans une société où l’on attend souvent des hommes et des femmes d’acier.
Entre marabout et psychiatre
Malgré ces avancées, le parcours de soins reste semé d’embûches. Avant de consulter un professionnel de santé mentale, de nombreux patients se tournent d’abord vers des autorités religieuses ou coutumières. La dépression est alors fréquemment interprétée comme un sortilège, un mauvais œil (liggéey en langue locale) ou une faiblesse spirituelle, appelant des rituels plutôt qu’une prise en charge médicale.
Un système de santé à bout de souffle
L’offre de soins constitue un autre obstacle majeur. Le nombre de psychiatres demeure insuffisant et les infrastructures spécialisées sont majoritairement concentrées à Dakar, laissant les zones rurales dans un véritable désert psychiatrique. Le budget alloué à la santé mentale reste marginal dans les politiques publiques, malgré l’ampleur du défi social.
Vers une libération durable de la parole ?
Portés par l’élan impulsé par des figures publiques comme Halima Gadji, Pape Cheikh Diallo et de nombreux activistes sur les réseaux sociaux, les lignes commencent à bouger. Des associations émergent pour rappeler que la dépression n’est ni un choix ni une honte, mais une maladie qui exige écoute, empathie et prise en charge adaptée.
Mais pour que le Sénégal se libère durablement de ce silence pesant, ces voix devront continuer de se faire entendre. Car reconnaître sa vulnérabilité ne devrait plus être synonyme de bannissement, mais bien un acte de courage.







