Le cinéma sénégalais est en deuil. Halima Gadji s’est éteinte lundi soir à l’âge de 37 ans, laissant derrière elle l’image d’une artiste audacieuse, d’une femme libre et d’une voix singulière du septième art africain.
Très tôt, Halima Gadji a embrassé le cinéma. Dès l’adolescence, à seulement 15 ans, elle se lance dans les castings, animée par une ambition claire : vivre de son art. Cette passion précoce pour le cinéma la conduit progressivement à s’imposer dans le paysage audiovisuel sénégalais.
Ses premiers pas à la télévision se font en 2015 avec la production Tundu Wundu, avant de marquer les esprits dans la série policière Sakho & Mangane entre 2018 et 2020.
Le véritable tournant de sa carrière intervient en 2019, lorsqu’elle incarne Marième Dial dans la série à succès Maîtresse d’un homme marié, produite par Kalista Sy. Ce rôle devient un phénomène et propulse Halima Gadji sur la scène internationale. Traduit en français et diffusé sur plusieurs chaînes étrangères, le feuilleton rencontre un large écho en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Congo, confirmant son statut d’actrice majeure du continent.
Son charisme, sa beauté singulière et sa capacité à incarner des rôles féminins forts et engagés séduisent de nombreuses maisons de production, qui se disputent désormais son talent.
Un personnage puissant, complexe et controversé
Avec Marième Dial, Halima Gadji donne vie à l’un des personnages les plus marquants des séries africaines contemporaines. Une interprétation saluée autant qu’elle divise, mais qui révèle au grand public une actrice à la personnalité affirmée et à la présence magnétique.
Chaque épisode suscite débats et polémiques, mettant en lumière des questions sociales et morales sensibles au Sénégal. En 2020, cette performance lui vaut le Prix de la Meilleure interprétation féminine aux Sotigui Awards au Burkina Faso.
Au moment de son décès, Halima Gadji était engagée dans le tournage de la saison 2 de la série Béte Béte (Evenprod), où elle incarnait le personnage de Déguène Sow.
Au-delà du cinéma, l’artiste nourrissait également une passion pour le mannequinat. Consultante en mode et entrepreneuse, Halima Gadji explorait avec la même liberté plusieurs univers créatifs.
Une trajectoire lumineuse, traversée de fragilités
Derrière le succès, la vie de l’actrice n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Halima Gadji a traversé des périodes de fragilité personnelle qui ont, par moments, ralenti sa carrière. Une réalité qu’elle assumait avec sincérité, rappelant que les parcours artistiques les plus brillants peuvent aussi être marqués par la vulnérabilité. Elle s’était engagée publiquement pour la sensibilisation à la santé mentale et au bégaiement.
Née en 1989 à Dakar, entre la Médina et Sacré-Cœur, Halima Gadji était issue d’un métissage culturel riche, d’une mère maroco-algérienne et d’un père sénégalais. Forte d’une dizaine de films et de séries africaines, elle laisse une œuvre marquante dont l’écho continuera de résonner sur les écrans et dans la mémoire collective.
Mamadou Dieng







