Dans un entretien accordé à RFI, l’opposant ougandais Bobi Wine affirme disposer d’éléments attestant de fraudes ayant entouré la réélection du président sortant, Yoweri Museveni. Il dit être en fuite en raison d’un climat de répression et appelle ses concitoyens à une mobilisation non violente. L’opposant interpelle également la communauté internationale sur la situation politique en Ouganda.
Des accusations de fraudes électorales
Une semaine après l’élection présidentielle en Ouganda, officiellement remportée par Yoweri Museveni, Bobi Wine rejette les résultats proclamés. « Nous avons des vidéos montrant des policiers, des militaires et même des responsables de la Commission électorale en train de précocher des bulletins en faveur de Yoweri Museveni. Nous en avons des dizaines. Et malgré cela, nous avions largement battu Museveni », a-t-il déclaré. Il met au défi les autorités de publier les formulaires de résultats par district. Selon lui, le président Museveni et la Commission électorale ont choisi de ne pas tenir compte des formulaires de déclaration des résultats : « Ils ont fabriqué des pourcentages et des chiffres et les ont annoncés sans aucune preuve ».
Une justice jugée inféodée au pouvoir
Malgré ces accusations, Bobi Wine affirme ne pas vouloir saisir la justice, disant n’avoir aucune confiance en une justice qu’il estime inféodée au pouvoir. « Les prisonniers politiques n’obtiennent pas de liberté sous caution. Et même lorsque la Cour suprême rend des décisions, l’armée les piétine. Notre espoir n’est donc pas dans les tribunaux, mais dans le peuple ougandais, pour se lever et rejeter toutes ces absurdités », soutient-il.
Appel à la mobilisation non violente
L’opposant appelle ainsi la population ougandaise à exercer une pression sur le régime à travers des manifestations non violentes et des formes créatives de protestation, dans l’objectif de rétablir la démocratie. Il en appelle également à la désobéissance civile.
Une répression dénoncée à l’échelle nationale
En fuite depuis l’élection présidentielle du 15 janvier, estimant sa sécurité menacée, Bobi Wine dénonce la pression exercée sur sa famille et ses proches, ainsi que la répression contre la population. « Ma femme et ma famille ne sont pas en sécurité. Elles sont encerclées par l’armée. Elles ne peuvent ni sortir ni recevoir de visites. Elles ont faim, et même la nourriture qu’on tente de leur livrer est refusée. Nous avons aussi des informations faisant état de plus de 100 personnes tuées à travers le pays. Des citoyens sont arrêtés sans avoir commis le moindre crime. Trois de mes vice-présidents ont été arrêtés, dont deux femmes, et je ne sais pas où elles se trouvent. Elles ont été interpellées la veille du scrutin et, sept jours plus tard, personne ne sait où elles sont. Mon vice-président chargé de la région centrale a également été arrêté aujourd’hui (jeudi). Cela survient après qu’une dizaine de personnes ont été abattues dans sa maison il y a une semaine », a-t-il confié à RFI.
Un appel à la communauté internationale
Bobi Wine affirme par ailleurs être lui-même pourchassé par l’armée, sans avoir commis aucun crime.
Il conclut en appelant la communauté internationale à demander des comptes au régime ougandais.
Mamadou Dieng







