Une importante cargaison de concentré d’uranium, partie du nord du Niger fin novembre, est immobilisée depuis plusieurs semaines à l’aéroport de Niamey. Ce stock stratégique, estimé à au moins 1.000 tonnes, est au cœur d’un bras de fer politique, économique et diplomatique dans un pays qui a rompu avec la France et renforcé son rapprochement avec la Russie.
Une cargaison sensible entièrement confinée à l’aéroport
Selon plusieurs sources concordantes, une trentaine de camions transportant du “yellow cake” — le concentré d’uranium — sont arrivés dans la zone militaire de l’aéroport de Niamey début décembre. Après y avoir stationné environ un mois, la cargaison a été déplacée en interne vers des espaces jugés plus sécurisés. Pour l’heure, aucune sortie du territoire n’est envisagée. La junte au pouvoir insiste sur sa souveraineté et sur son droit à commercialiser l’uranium produit dans le nord du pays, un secteur longtemps dominé par l’entreprise française Orano, dont le site de la Somaïr a été nationalisé en 2025.
Un itinéraire terrestre quasiment impossible
Exporter l’uranium par voie terrestre exigerait de rejoindre un port côtier, mais les options sont limitées : Le Bénin, voisin le plus accessible, est exclu du fait de la fermeture unilatérale de la frontière par Niamey, dans un contexte de fortes tensions bilatérales. Le Nigeria, autre grande voie d’accès, entretient des relations glaciales avec la junte depuis le coup d’État de juillet 2023. Le Togo pourrait constituer un corridor, mais le transport devrait traverser l’ouest du Niger puis le Burkina Faso, deux zones marquées par une forte activité jihadiste. La région de Tillabéri, notamment, est devenue en 2025 l’une des plus meurtrières du Sahel, rendant tout convoi hautement vulnérable.
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L’hypothèse d’un transport aérien
Face à ces blocages, une alternative aurait été envisagée : un transfert par avion cargo depuis la base militaire de Niamey. Des avions de transport russes de type Iliouchine Il 76 ont été observés sur le tarmac en janvier, sans qu’il soit possible d’identifier leurs propriétaires. Moscou n’a pas confirmé son implication directe dans cette opération, même si la Russie a manifesté par le passé son intérêt pour l’uranium nigérien. En 2025, des accords de coopération nucléaire civile ont été signés entre Rosatom et les autorités de Niamey.
Une affaire compliquée par une procédure judiciaire en France
L’aspect judiciaire ajoute une autre couche de tension. Mi décembre, une enquête a été ouverte en France pour vol en bande organisée au profit d’une puissance étrangère, concernant cette même cargaison. Orano affirme en effet que le stock lui appartient encore. Le Niger rejette ces accusations et accuse au contraire l’entreprise française d’impayés à hauteur de 88 millions d’euros.







